Séries

Game of Thrones (saison 3) – Beaucoup de bruit pour quoi ?

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Pour ce trombinoscope, on a demandé aux personnages un regard héroïque. La fantaisie, ce sera pour plus tard.
© HBO

Un phénomène. C’est ainsi que l’on qualifie la série phare d’HBO depuis son lancement. Il suffit de savoir lire pour constater que les articles rédigés à son sujet fourmillent de partout où il est possible d’en faire mention. Il ne suffit même pas de savoir lire ni de s’intéresser aux séries pour connaître son existence. Il suffit d’avoir des amis. Des connaissances, des collègues, des proches de tous bords et de tous poils. Qui, bien souvent, conspuaient l’heroic fantasy en place publique et découvrent à présent qu’il n’y a pas forcément que du kitsch dans la balance. Bref, que vous soyez sériephile ou non, presque tout le monde regarde Game of Thrones. Comme tout phénomène, il est donc difficile de mettre des mots sur pareil engouement. Autre série au genre bien arrêté, The Walking Dead suscite étonnamment une ferveur similaire, sans que le public ne soit freiné par son ambiance carnassière et franchement sanguinolente. Autant je suis les deux séries pour différentes raisons avec un plaisir certain, autant je ne saisis pas pourquoi la série développée par David Benioff et DB Weiss rencontre un tel écho. « Comment » je peux aisément le comprendre, HBO n’hésitant pas à mettre le paquet pour vendre au mieux sa série et la rendre évènementielle aux yeux du monde. Comme je l’avais déjà stipulé dans cet article, Game of Thrones possède des défauts et des qualités évidentes. Son univers est visuellement crédible, travaillé jusque dans le moindre angle de plan et son casting, royal assurément, est l’un des meilleurs du moment; il peut se gargariser d’avoir en son fourreau quelques fleurons de l’ancienne école (Charles Dance, Diana Rigg) et d’une nouvelle dont il faut surveiller les brillants écuyers (le désormais illustre Peter DinklageMaisie WilliamsRose Leslie ou Nikolaj Coster-Waldau pour ne citer qu’eux). Le problème de Game of Thrones, a fortiori dans cette saison, c’est qu’elle s’égare pendant quatre épisodes pour laisser ensuite les différentes trames s’émietter gentiment. Beaucoup d’intrigues lancées dans l’air puis reprises au vol pour être lâchées à nouveau. Beaucoup trop de personnages en exil et qui entament des tractations – dont on sait qu’elles ne tiendront jamais jusqu’au bout. Des personnages qui complotent un peu trop souvent. Ou qui jouent aux soldats. Ou qui passent le temps en faisant abondamment l’amour. Ou parfois tout en même temps.

Et… ? Et pas grand-chose de plus. Cette logique d’exécution entraine inévitablement une narration à la mécanique déséquilibrée et répétitive, ainsi que le sacrifice évident de protagonistes (à l’esquisse souvent intéressante d’ailleurs) qui surnagent en plein brouillard. Ce n’est pas que les motivations de ces derniers soient quelconques – depuis Homère les motivations des hommes demeurent les mêmes- c’est jusque que les scénaristes peinent à en renouveler l’intérêt. Or c’est là que le bat blesse. Bien souvent GOT met un temps infini à préparer son jeu et lorsqu’elle étale ses cartes, tout était relativement attendu. Prévisible. Y compris par le spectateur qui ne suivrait la série que d’un œil distrait. On a fait un tout un foin autour de l’épisode 9 (Red Wedding), et de son soi-disant énorme twist final, alors que tout est déjà sous-entendu dans le titre et dans sa mise en scène. Diable, il est même en totale cohérence avec  la logique de cet univers où personne ne fait aucun quartier à personne (ou si peu). Ajoutez à cela l’emploi de l’acteur qui jouait Rusard (David Bradley) dans les films d’Harry Potter, et vous avez  là un signal « danger » suffisamment évident pour que le public soupçonne une embuche de premier ordre et s’attende au pire…  A savoir que le bougre ne peut être clément avec ceux qui les ont trahis. C’est ce qui fait, entre autres, que je reste sur ma faim devant ce spectacle – au demeurant bien produit- et pour lequel je m’interroge quant à son évolution, notamment émotionnelle, au long terme.

GOT
Jaime pourrait-il aimer quelqu’un d’autre que sa soeur ? Sans doute la réponse se trouve-t-elle dans ce regard de biais…
© HBO

En parlant d’évolution, alors qu’on n’attendait guère plus du personnage, Jaime « Le Régicide » Lannister surprend et aurait mérité bien plus de place qu’on lui en a laissé. Idem pour Tyrion, qui fait presque de la figuration sur la totalité de la saison, et Arya.  C’est bien dommage, tant j’ai un faible pour les parias qui se battent pour une lutte perdue d’avance. Seul Jon Snow parvient réellement à tirer la couverture du bon côté, quitte à laisser les autres démunis d’intérêts réels. Car c’est à cause ce ceci que je reste dubitatif. Prendre ici ou là, en attendant de s’occuper de l’autre côté, ne peut pas fonctionner. Pas tout le temps. Je ne sais pas vous mais je regarde des séries parce que je souhaite m’attacher à des personnages. Parce que leurs quêtes, leurs convictions me touchent quelque part ou possèdent une certaine résonance. Dans mon esprit et/ou dans mon petit coeur d’artichaut de spectateur. Qu’est-ce qui se passe quand certains d’entre eux sont rangés dans un coin de l’étagère en attendant que l’on s’occupe d’eux ? Parfois ridiculement d’ailleurs (ayons une pensée pour ce pauvre Theon Greyjoy). Peut-être faut-il comprendre dans cette analogie pourquoi la série cloche à mes yeux : GOT a beau multiplier ses héros, repousser à l’infini les territoires de son récit, le déséquilibre collectif  a créé des inégalités individuelles dont on ne sait réellement si elles finiront par être effacées. En cela, oui, c’est phénoménal. Encore une fois, ça n’empêche pas la série de se regarder comme ce qu’elle reste, à savoir un divertissement à gros budget qui disserte gentiment sur l’éternelle soif de pouvoir qu’ont tous les Hommes depuis leurs naissances.

« Et Danaerys ? Elle libère bien tous les esclaves non ? La soif de pouvoir dont tu parles, elle la met au service du bien. Que dis-tu de cela ? ».

J’en dis qu’elle veut le pouvoir comme tout le monde. Qu’elle affranchit les esclaves pour les rallier à sa cause et que cela ne va pas plus loin que le bout d’une lance. Ne m’en veuillez pas. Il y a toujours eu des septiques ou des déçus face à des merveilles phénomènes d’une telle ampleur. J’en fais partie. Malgré tout, j’ai de l’estime pour l’équipe scénaristique de la série: pour tous les trônes de fer du monde, jamais je n’aurais souhaité en faire partie. Parce qu’elle a tout de même pris le courage inconsidéré d’adapter la saga fleuve de George RR Martin au risque de se noyer dedans. Mais, comme je suis de nature optimiste, ou masochiste c’est selon, ça ne m’empêchera pas de continuer à barboter la saison prochaine.  Quitte à boire la tasse une nouvelle fois.

Jeoffroy Vincent

Game of Thrones- saison 3A bon entendeur

 Le Trône de fer (Game of Thrones. USA, 2012).  Saison 3 diffusée  du 31 mars au 9 juin 2013. L’histoire couvre la première moitié d’A Storm of Swords, troisième livre de la série de romans Le Trône de fer, écrit par George R. R. Martin.

A paraître en DVD et Bluray dès le 17 février 2014.

Le site officiel de Game of Thrones

5 comments on “Game of Thrones (saison 3) – Beaucoup de bruit pour quoi ?

  1. Rhum-Raisin

    Je termine et je te mets une volée de bois vert virtuel, pas d’inquiétude mon ami…

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    • Honnêtement, j’aimerais beaucoup que quelqu’un me dise ce que je rate de phénoménal. Que quelqu’un m’explique, en toute franchise et sincérité, ce que je manque. Encore une fois, ce n’est pas que je ne l’aime pas cette série, c’est juste que je trouve qu’il y a un fossé énorme entre l’écho qu’elle rencontre, l’excitation qu’elle suscite et ce que j’en retiens. Mais j’espère juste que tu ne seras pas seul à débattre, j’espère que je n’ai pas perdu des ami(e)s dans la bataille 😉

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  2. Je suis tout à fait d’accord avec toi, en tout cas sur la saison 3. Je la trouve tellement décevante. Elle part dans tous les sens, il ne s’y passe rien et l’épisode dont tout le monde parle est bien mais bon, 1 épisode sur toute une saison ce n’est pas beaucoup. Dommage car j’avais dévoré les deux premières saisons.

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    • Salut David,

      Tu dois être l’une des rares personnes à me rejoindre sur cette ligne là car d’autres sons de cloches résonnent en disant le contraire 😉

      Cela dit, il se passe tout de même des choses dans cette saison 3. Mais il y a un problème de déséquilibre narratif flagrant, déjà flagrant dans les deux saisons précédentes, mais qui s’en trouve renforcé à ce stade de l’histoire tant les rebondissements fleurissent de toutes parts. Souvent au détriment de la cohérence du tout.

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      • Oui je suis d’accord. C’est fait que je suis un peu sévère quand je dis qu’il ne se passe rien. Mais c’est sans doute parce que j’ai été très déçu par cette 3ème saison.

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