Cinéma Ecran Totem

L’été à Hollywood – Légers coups de soleil dans salles obscures

Cet été, quand j’ai eu chaud, j’ai fait comme tout le monde: j’ai bu des coups en terrasse avec des amis. J’ai écouté le bruit des glaçons se fissurer tranquillement dans les verres que l’on me servait. Puis j’ai encore fait comme tout le monde en cette saison: quand j’ai eu trop chaud, j’ai tenté de trouver un peu de fraicheur dans le seul endroit que je connaisse où il faut payer pour être à l’ombre…

Monstres Academy : Pixar retourne à l’école
Monstres AcademyToy Story 3, Cars 2Rebelle mis de côté, Pixar puise ces derniers temps dans ses tiroirs pour y alimenter ses nouvelles productions. Les récentes annonces faites par la firme (dont celle du Monde de Dory, spin-off du Monde de Nemo, prévu pour 2015) emboîte le pas à une logique qui semble, avant tout, commerciale plus qu’artistique. Faut-il s’en inquiéter ? Non. Enfin… un peu. Car l’on ne peut s’empêcher de constater une baisse notable dans la prise de risques pour développer des sujets originaux. A une époque où Hollywood mise des sommes astronomiques sur des projets recyclés et/ou franchisés, Pixar revisite les univers qui sont désormais connus du grand public et pour lesquels le grand public se déplace en masse[1]. Ce n’est pas Monstres Academy, prequel de Monstres et Cie, qui changera notre point de vue quant à cette stratégie.

Cela dit, le film est chouette. Vraiment chouette. Dynamique, plein de bons sentiments, d’objectifs simples et collectifs, et réalisé à la pixel perfection. Je ne dis pas que Pixar doit proposer à tout prix des dessins animés « adultes » comme Wall E ou Là-haut, magnifiques et splendides compromis entre le drame et la comédie, mais elle doit surveiller à ne pas perdre cet ingrédient qu’elle a su, jusqu’ici, superbement adapter à toutes les sauces: la magie.

The Lone Ranger : du goudron dans les plumes

Lone RangerLa voici donc cette grosse production disneyienne, censée devenir le nouveau filon à exploiter après celui des Pirates des Caraïbes. On a beaucoup parlé des péripéties lors du tournage de ce film adapté d’une série américaine des années 50[2], de sa difficulté à être monté et de son budget monstre. A l’arrivée, non seulement The Lone Ranger est un échec financier (tant pis pour Disney) [3] mais il peine à s’imposer comme un divertissement honorable (tant pis pour nous).

Que dire de plus ? Pas grand chose, hélas. Ce n’est pas que l’on s’ennuie mais c’est flagrant de constater à quel point Gore Verbinski se borne à mettre la caméra en espérant qu’il y ait quelque chose qui bouge, ou qui se passe, devant. Alors oui, l’argent est visible à l’écran. Oui, Johnny Depp est moins cabot que d’habitude (mais un peu tout de même). Oui il y a de beaux décors et une belle locomotive.  Oui il y a tous les ingrédients pour que l’on s’installe dans son fauteuil, tranquillement à côté de son paquet de pop corn, et que l’on passe un bon moment. Sauf que l’on a rarement vu un film enchainer les scènes à grand spectacle sans ressentir le moindre petit frisson. Le duo entre Depp et Hammer est bancal et manque de complicité avec le public…  Rango, du même Verbinski et planté dans un environnement similaire (le Far West), sentait moins le pastiche raté et possédait autrement plus de grâce et d’humour.

Elysium : pensum bourrin

ElysiumDans le futur, la Terre est surpeuplée et sujette à une pollution hors du commun qui favorise la naissance de plusieurs maladies. Par conséquent les riches, parce qu’ils sont riches et peuvent se le permettre, ont décidé d’aller respirer ailleurs. Dans l’espace. Ils y ont construit une gigantesque station satellite (Elysium pour celles et ceux qui en doutaient), sorte de tour d’ivoire ultra surveillée et exclusivement destinée à l’élite de l’élite. L’air y est sain, tout y est propre et l’opulence y est omniprésente. En cas de bobos, vous avez même une machine qui vous répare en un rien de temps.  Pendant ce temps, sur un plancher des vaches où aucune vache ne pourrait paître tellement tout est sec et aride, le peuple rêve de partir pour Elysium…

A ma gauche: un postulat classique pour toute œuvre d’anticipation qui se respecte. Un état totalitaire, déshumanisé, et où la lutte des classes côtoie l’immigration sous fond de satire de la surconsommation. A ma droite: Neil Blomkamp, petit prodige d’Afrique du Sud ayant créé la surprise avec District 9, à qui on a confié une somme confortable (120 millions, une broutille au vu de celui de Lone Ranger) pour réaliser son deuxième film. Pourquoi pas. Après tout, Neil n’est pas le premier poulain qui galope tête baissée vers Hollywood. Et son film aurait pu donner quelque chose de bien. Vraiment. Le truc c’est qu’il n’y a aucune nuance dans son récit. Les méchants sont méchants, et méchamment caricaturaux (le nombre de fois où le vilain mercenaire menace de casser la tête de Matt Damon est incalculable, sinon risible), et sa mise en scène accumule sans rougir les clichés les plus criants que l’on ait vu depuis Michael Bay. C’est violent, bourrin comme pas permis, joué avec l’épaisseur d’un tronc d’arbre centenaire, et entièrement prévisible dès les dix premières minutes. Pour la réflexion autour de l’Humanité, même un collégien avec trois francs de budget et une caméra numérique s’y prendrait plus finement. Conseil: économisez un ticket de cinéma et (re) voyez plutôt, sur le même sujet, Bienvenue à Gattaca.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Le site officiel de Monstres Academy

Le site officiel de Lone Ranger

Le site officiel d’Elysium


[1] La filmographie de Pixar doit accumuler les 3 milliards de recettes rien que sur le sol américain.

[2] Quoi ? Vous ne saviez pas que Johnny Depp a eu un terrible accident de cheval sur l’une des scènes ? Maintenant si.

[3] Moins de 90 millions de dollars de recettes sur le territoire américain comptabilisés à ce jour. Sur un budget avoisinant allègrement les 250 millions de dollars, campagne de promotion incluse, Lone Ranger est le deuxième gros flop de la firme après John Carter.

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