Séries

The Newsroom (saison 2) – Regarder le monde d’un autre oeil

The Newsroom saison 2
Etre à contre-courant fait toujours voler les cravates.
© HBO

Enfant gâté. Donneur de leçons. Idéaliste. Brillant. Mysogine. Tête à claques. Capricieux. Associable. Démagogue… On a dit beaucoup de choses au sujet d’Aaron Sorkin, dramaturge victorieux et talentueux scénariste adoubé par Hollywood (les scripts de The Social Network ou Le Stratège, c’est lui). Comme toute personne douée –car, assurément, on ne peut nier qu’il l’est – Sorkin possède ses adeptes et ses détracteurs. Tous fervents. Si vous avez deux minutes à perdre, faites une recherche rapide sur le net et vous ne serez pas déçu de voir tout ce que l’on peut écrire à son sujet. Ce que l’on oublie de dire, cependant, c’est que, malgré tous ses défauts potentiels, Sorkin demeure très certainement l’un des plus grands auteurs de télévision en activité. On pourrait même aller jusqu’à «l’un des plus grands auteurs tout court». Preuve en est que sa récente création, The Newsroom, séduit autant qu’elle divise pour à peu près les mêmes raisons que ses précédentes séries (The West Wing, Studio 60 on Sunset Strip) ont emballé autant qu’elles ont divisé : son style d’écriture. The Newsroom va pourtant dans le même sens que ses aînées. C’est une série verbeuse, rythmée, élégante, pertinente et romantique. Une série qui – contrairement à ce que l’on ne cesse d’affirmer- ne prétend pas étaler son intelligence grâce à la finesse, évidente, de ses dialogues et de sa théâtralité mais aspire à celle du spectateur qui la regarde. Et pour peu que l’on s’intéresse à ce qui se passe dans le monde, il est passionnant de voir comment des faits ayant marqué l’actualité sont déconstruits sous nos yeux (l’émergence du mouvement Occupy Wall Street, le printemps arabe, la réélection d’Obama à la présidence) pour être réassemblés par la suite. Surtout avec un souci d’équité, d’exigence et d’analyse de fond qui ne se voit guère sur le petit écran (je parle là de vous et moi regardant le JT…).

Cette déconstruction sert précisément de moteur à la quasi totalité d’une stimulante deuxième saison où la rédaction de News Night, le journal d’informations que la série met en scène, est interrogée individuellement par une équipe d’avocats sur les évènements des derniers mois. A quel sujet ? Impossible d’en dire plus sans partiellement dévoiler une partie importante de l’intrigue. Ce que l’on peut révéler toutefois touche précisément à ce qui fait le coeur de News Night jusqu’à la philosophie prônée par la série elle-même: la remise en question d’une exigence s’appliquant autant aux autres qu’à soi, et qui va entraîner- suite à la diffusion d’un reportage sujet à de fortes polémiques- la perte de la crédibilité tant chérie par nos protagonistes. Semaine après semaine, on observe la rédaction enquêter, glaner détails et informations, récolter le plus de sources viables et finir par s’interroger autant sur la problématique du dit reportage que sur ses potentielles conséquences. Conséquences dont on sait dès le début de la saison qu’elles demeurent lourdes et importantes.

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La rédaction de News Night. Eh oui, journaliste, c’est un métier sérieux.
© HBO

Faut-il y voir là une propre analyse de Sorkin par rapport aux critiques dépréciatives dont il est régulièrement l’objet ? Sans doute, d’autant plus que Will McAvoy – tout comme l’était Matt Albie dans Studio 60 – est un personnage éminemment sorkinien : amoureux de son ex-femme, brillant, faussement détaché (donc drôle), isolé et pourtant soucieux de l’empathie qu’il suscite. Dans le rôle titre, Jeff Daniels, tout juste auréolé de l’Emmy Award du meilleur acteur dans une série dramatique, prête sa bonhommie droopyesque avec une élégance absolue. Le reste du casting est à l’avenant, et c’est presque dommage de ne pas voir cette série choyée par l’un des networks de la télévision américaine.

Tout comme The West Wing était le récit d’une reconquête – souvent lénifiante et paternaliste- des valeurs démocratiques américaines et Studio 60 celle d’une culture grand public mais impertinente et audacieuse, The Newsroom raconte l’histoire d’une reconquête autant amoureuse que médiatique. Qui n’entend pas éduquer le citoyen mais lui donner le maximum de cartes en main avant qu’il ne décide de sa manière de jouer. La nuance est toujours une histoire de détails. Et les détails résident dans cette manière qu’a Sorkin de faire rebondir ceux de la vie intime sur celle du travail. A contre-courant d’une tendance où, durant toute une décennie, la figure de l’antihéros a littéralement envahi les créations contemporaines, les protagonistes de The Newsroom apportent un vent d’air frais qui chassent les esprits chagrins. Et bon sang que ça fait du bien de voir qu’il existe encore des gens qui veulent rendre le monde meilleur.

 Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Newsroom_S2The Newsroom (saison 2, USA, 9 épisodes).

Diffusée sur HBO du  14 juillet au 15 septembre 2013.

Le site officiel de The Newsroom

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