Musique

L’inventaire de la rentrée (1) – That’s all folk

Si l’on croit les supermarchés, la rentrée ne commence jamais au mois de septembre. Plutôt au coeur de juillet, août. Officiellement, elle est entamée depuis quelques semaines, sans qu’elle n’ait cependant véritablement proposée pour l’instant de grandes promesses musicales. Sans doute était-il donc nécessaire, en ce début de saison où les sorties de disques dépassent l’offre de la rentrée littéraire, de dresser un inventaire non exhaustif mais rayons par rayons. Pour ce premier épisode, l’idée est de commencer en toute simplicité, soit de dresser la critique d’un type qui pense qu’avec une guitare on peut encore faire de bons albums.

Est-ce toujours le cas ? Réponse ci-dessous…

Mark Kozelek & Desertshore : sous la plage abandonnée

mark kozelek & desertshoreRien de neuf sous le soleil indie de Mark Kozelek, qui retrouve là Phil Carney, un de ses anciens comparses des Red House Painters. Soient une succession de ballades à cadences mélancoliques, une accumulation d’ambiances moody bonnes à faire pleurer dans les chaumières et des clins d’œil (en veux-tu en voilà et à la limite de l’acharnement) à Neil Young & Crazy Horse. Cela fait facile quinze ans que je suis un fan absolu de tout ce que Kozelek produit, que ce soit en solo ou en groupe; ce qui ne veut presque rien dire en soi puisque Kozelek contrôle toutes ses productions, jouant à peu près de la quasi totalité des instruments qu’il utilise, même lorsqu’il compose avec d’autres musiciens. Mais là, ça sent tout de même la répétition abusive. Que ce soit avec Sun Kil Moon ou sous sa signature, le songwriter avait accumulé les disques et les coups de maîtres avec une réussite qui forçait l’admiration; l’album Admiral Fell Promises, paru en 2010, représentant une quintessence de tout ce que ce brillant type de l’Ohio est capable d’offrir en gamme émotionnelle. Là, c’est à peine si l’on est saisi par ces titres faussement délicats qui s’enchaînent sans véritable sensibilité. Un comble quand on connaît la capacité de l’artiste à se réapproprier le répertoire d’autrui (AC/DC, Will Oldham, Modest Mouse) et de tisser, avec finesse, des mélodies d’une imparable puissance acoustique.

Kozelek aurait-il fini par faire le tour de son instrument ? Possible… Toujours est-il que l’on qualifiera ce disque de passable, uniquement par respect envers l’ami Mark. A écouter éventuellement pour contrecarrer un fond sonore trop bruyant.

Keaton Henson : souffleur neurasthénique

KeatonHenson_BirthdaysA en croire les spécialistes de la musique anglo-saxonne (comprendre Les Inrocks), ce jeune homme de 24 ans -qui, avec Sam Beam, Justin Vernon, Eels ou Ray Lamontagne, vient de rejoindre la grande fratrie des barbus gratteux- serait la révélation folk de la rentrée. Vraiment ? Hmm…non. Bien courageux celui qui garde une écoute attentive de ce qui demeure un deuxième disque bien sage et, il faut l’avouer, terriblement ennuyeux. A forcer sur sa voix fluette, à la fragiliser presque volontairement, Keaton Henson tire tellement sur la corde sentimentale pour provoquer l’émotion que l’agacement n’est tout ce qu’il arrive à susciter. Avec ses accords de guitare en sourdine à l’arrière plan, Birthdays ne possède aucune nuance ni réelle progression. Si ce n’est l’étonnante capacité à provoquer des bâillements en continu.

Si d’aucuns y voient là la marque d’un nouvel écorché, j’y vois personnellement une pâle copie de tous les brillants artistes cités ci-dessus qui, eux, n’ont pas besoin de se forcer ni de paraître pour précisément être éclatants.

Piers Faccini : crise de fourrure

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C’est l’une des plus belles voix qui existent. C’est l’un des plus grands artistes folk du moment et l’un des plus beaux. Tout court. Parce qu’il est simple mais qu’il est majestueux. Parce que ses chansons se nourrissent de sonorités lointaines et possèdent une âme mystérieuse qui, pourtant, trouvent une résonance proche. Piers Faccini, qui avait débuté sa carrière avec un premier disque intitulé Leave no trace, a, justement, fini par dessiner une empreinte importante dans les cœurs des mélomanes convaincus qui suivent, depuis bientôt dix ans, le parcours de ce splendide musicien. Pourtant, à part la récente naissance de son propre label, l’artiste n’a jamais rien changé à sa formule de création. Pour ce cinquième disque, il s’est à nouveau entouré de fidèles compagnons (dont Vincent Segal au violoncelle) pour enregistrer chez lui, dans les Cévennes, décor idéal et bienveillant qui, au milieu des reliefs, a enfin fini par faire ressortir sa part la plus intime.

On a beaucoup dit de Faccini qu’il était la jonction claire/obscure entre le blues malien et le spleen brut, intemporel, du génial Nick Drake. C’est toujours vrai. Mais, et c’est bien là où réside la beauté de ce Between dogs and wolves, à progressivement se détacher de ses aînés (et, certainement, pesantes influences), Piers Faccini a terminé sa mue. En toute simplicité, il a conservé la grâce de son pelage acoustique pour révéler, en dessous,  la partie la plus soyeuse. A savoir lui-même.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Mark Kozelek & Desertshore (Caldo Verde Records), disponible depuis le 20 août 2013.
Keaton Henson : Birthdays (Oak Ten/ Anti Records), disponible depuis le 26 août 2013.
Piers Faccini : Between dogs and wolves (Beating drum), disponible depuis le 23 septembre 2013.



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