Séries Taupoguide

Taupoguide des Séries – Pilotes au radar et autres reprises de volées

TDS

Ne jamais se fier à un pilote pour se forger un avis définitif autour d’un show qui entame ses premiers pas. C’est une règle tacitement connue de tout spectateur de séries assidu. Il est vrai qu’il faut souvent quelques épisodes pour que les auteurs prennent leurs marques afin de trouver le juste équilibre juste pour raconter leurs histoires; et de les raconter d’une manière suffisamment intéressante pour que l’on revienne la semaine suivante.  Après tout, si les pilotes d’Urgences ou de The Practice demeurent, à mon sens, des modèles du genre (et encore, des modèles assez lointains pour des networks), qui aurait eu l’honnêteté de parier sur la longévité de The Wire à la seule vue de son premier épisode ? A mon avis, pas grand monde. Parce que c’est ainsi. Parce que la télévision est un univers impitoyable qui laisse rarement sa chance à l’évolution. Parce qu’avant d’être perçue comme une œuvre qui prend de l’importance une fois achevée – ou qui peut, aussi, ne plus en prendre- la série fonctionne selon une mécanique de la fragmentation. Et cette mécanique n’échappe pas à une forme impartiale de jugement. Se lancer dans une nouvelle série pour qu’elle devienne un rendez-vous privilégié, c’est un engagement. Si, dans certains cas, les qualités sautent immédiatement aux yeux, nul n’a également besoin de s’infliger plus d’un épisode de Charmed pour réellement s’assurer que c’est d’une niaiserie sans nom. Ce qui suit n’est donc pas un classement. Plutôt un passage en revue, volontairement subjectif, qui n’a pour seul but que celui de vous guider le long du terrier. Peut-être, à la sortie, trouverez-vous quelque chose qui entretiendra, de près ou de loin, une place de choix depuis celle que vous occupez sur votre canapé…

The Blacklist : esprit criminel

The_Blacklist_NBC_logoAprès l’effroyable The Following l’année dernière sur la Fox, c’est au tour d’NBC de proposer un énième jeu entre le chat et la souris. The Blacklist donc. Série totalement empâtée, un peu comme l’est ce pauvre James Spader, qui passe là du cinéma de Soderbergh et Cronenberg à une énième et balourde relecture de la figure d’Hannibal Lecter en mode terroriste. Tout, que ce soit les faux rebondissements ou les dialogues risibles, assénés avec l’aisance théâtrale d’un marteau-piqueur, s’enchaîne de manière attendue. Il y a même une sorte de running gag à voir les camions des fédéraux se garer comme des chauffards du dimanche, toutes sirènes dehors, pour attraper de gros méchants qui, à l’affût du vacarme, ont déjà pris le large. Heureusement, pour passer le temps dans cet univers de gros muscles, il y a Megan Boone. Qui prouve qu’avec un badge du FBI, on a le droit à une entrée gratuite au zoo de Washington. Autrement, pour vouloir suivre la suite de ce carnage, soit il faut avoir trop de temps libre soit il faut être maso.

Brooklyn Nine Nine : comédie pas drôle

Brooklyn_Nine-Nine_intertitlePlutôt que de proposer une nouvelle histoire policière, Brooklyn Nine Nine se présente comme une sorte de compromis potache entre NYPD Blue et The Office, mais sans réussir à atteindre la cible fixée: être drôle. Rien n’est pire qu’une série comique dont la majorité des gags s’écrasent vulgairement sur le sol. On a beau forcer quelques sourires, on se demande bien ce que ce pauvre Andre Braugher a pu trouver dans ce machin informe, si ce n’est la perspective d’un cachet hebdomadaire. Verdict ? Une série de vingt minutes peut, aussi, paraître longuette.

Marvel’s Agents of Shield : comic flop

Agents_of_SHIELD_logoJe n’avais pas d’attente particulière quant à cette série, initiée en toute logique suite au carton mondial de The Avengers sur grand écran. Néanmoins, j’avoue que je m’attendais à un peu mieux qu’un sous Mission:Impossible chapoté par Joss Whedon. Laborieusement bricolé, Marvel’s Agents of Shield lorgne étrangement du côté du Caméléon. Le budget en plus, l’humour en moins. Oui, il y a bien des clins d’oeils aux comics (et des allusions aux adaptations cinématographiques tirées de ces derniers) que les profanes parviendront à relever distraitement, entre deux textos, sans trop se fatiguer. Mais cela ne fait pas tout. A la base, l’idée était sûrement de faire une série de genre. Qui puisse être regardée par d’autres personnes que celles capable de réciter dans l’ordre alphabétique les titres de l’ensemble des comics de tous les super-héros existants depuis leur parution. En attendant, à force d’ouvrir à tout-va le champ de son action pour séduire le plus grand nombre, l’exposition manque de personnalité. D’enjeux clairs, distrayants à défaut d’être passionnants. Mais, en plus d’être assez vain dans son découpage et dans son interprétation, le principal reproche que l’on peut attribuer à cette nouvelle production est sans doute de vouloir faire joujou avec trop de sérieux.

Masters Of Sex : sensate focus

Masters_of_Sex_Title_cardInspirée d’un roman écrit par Thomas Maier, lui-même inspiré par les recherches autour du rapport sexuel de William Masters et Virginia Johnson entamés à la fin des années 50, Masters Of Sex n’est pas encore certaine de l’angle qu’elle désire aborder, que ce soit la peinture d’une époque où l’Amérique n’avait pas encore connu la révolution sexuelle ou les relations complexes, parce qu’indicibles, qu’entretiennent différemment l’homme de la femme vis-à-vis de leur propre intimité; ce qui, dans ce dernier cas, émanciperait cette nouvelle création de Showtime d’une certaine linéarité historique. C’est soigné, un tantinet longuet mais intriguant, et servi par deux acteurs (Michael Sheen et Lizzy Grant) à l’habile complémentarité.

The Michael J. Fox Show : comic flop (bis)

The_Michael_J_Fox_Show_promo_logoSi l’on omet ses apparitions dans Scrubs et The Good Wife – apparitions qui usaient déjà de la maladie de Parkinson comme ressort dramatique/comique – Michael J. Fox n’était pas revenu à la télévision depuis le final de la saison 4 de Spin City. Il y avait de quoi se réjouir, d’autant que la série pitchée pour NBC s’inspirait du propre parcours de l’acteur pour s’en moquer gentiment. Sauf que… Sauf que le fort capital sympathie que l’on a pour l’interprète de Marty McFly ne suffit pas à sauver cette mièvrerie, déséquilibrée par les faux effets de reality show et l’envie presque prude de jouer avec le second degré.  Ce n’est ni très drôle, ni très touchant, et fortement bien pensant.

Mom : portrait de femme(s)

MomAu début ça part tellement mal que cela en devient surréaliste. La nouvelle production de Chuck Lorre, actuel roi de la sitcom avec Mon Oncle Charlie ou The Big Bang Theory, démarre brutalement in medias res, avec des rires plaqués (plus qu’enregistrés) sur des scènes pénibles et aux punchlines forcées. Pendant un moment, on se dit que Anna Faris se retrouve embarquée à nouveau dans quelque chose qui ne peut faire rire que les frères Wayans mais que, si ça marche, Mom peut toujours faire l’affaire pour une M6 en panne de prime time. Puis quelque chose se passe. Les scénaristes arrêtent de vouloir imposer une mauvaise déconnade et orientent la sitcom vers une mécanique, certes plus classique, mais efficace. Surtout, tout en prenant le temps d’exposer les décors du récit, Mom laisse Alison Jeanney et Anna Faris se renvoyer la balle avec une jolie justesse. Ce duo maternel -qu’une génération sépare et unit en même temps – finit par dresser un portrait de femme(s) assez touchant, dont il sera intéressant d’en voir les développements au long terme.

Under the Dome : Lost sous vide

Under_the_Dome_intertitleTour de force littéraire de plus de 1000 pages, Dôme s’intéressait plus à la façon dont Chester’s Mill brisait sa démocratie de façade qu’au postulat spectaculaire -assez proche, finalement, d’un pitch issu d’un épisode de La Quatrième Dimension– de cette barrière invisible isolant une petite ville du Maine du reste du monde. Le premier problème de cette adaptation des deux tomes de Stephen King n’est pas de s’écarter du fil rouge de son intrigue originelle, ou même d’occulter des personnages ayant une considérable importance (encore que), mais une absurde absence de cohérence totale envers ce qui constitue son propos. Toute l’étude sociale, la cruauté et la tension macabre, omniprésentes et oppressantes dans les livres, sont inexistantes à l’écran. A la place de quoi on se retrouve avec un pastiche de Lost, très propret, très poussif, dont les intrigues ne provoquent pas un quart du frisson espéré. Tout en choyant la psychologie de ses nombreux personnages, Lost tenait en haleine parce qu’elle n’avait pas besoin de montrer mais de suggérer le mystère dont elle alimentait les rouages au fil des épisodes. Ce qui m’amène au second problème (qui, si l’on n’a pas lu les deux tomes, l’emporte logiquement sur le point précédent): en tant que telle, Under The Dome ne tient pas la route. En plus de ne pas réussir une seule seconde à captiver, sans même être sauvée par son casting, elle fonce tête baissée dans l’enchainement de rebondissements qui accumulent les poncifs d’une mauvaise télévision.  On se demande donc ce qui a pu passionner cet été la dizaine de milliers de téléspectateurs. Hypothèses probables : soit il devait faire une chaleur à crever, et donc les télévisions des Etats-Unis font aussi office de ventilateurs, soit CBS a du bidouiller les ondes des autres networks pour obtenir le monopole du public. Ce n’est pas possible autrement. Un truc pareil, qui frise le scandale, a pourtant été renouvelé pour une saison 2…

Reprises de volées

The Big Bang Theory (saison 7) : Les années passent et ne semblent pas (trop) altérer la cadence comique de TBBT.  Même si la figure de Sheldon continue d’alimenter quelques gags de très bon aloi, plus que l’ajout du personnage de Amy Farrah Fowler (dont je peine véritablement à accepter la présence au sein du groupe), c’est bel et bien Howard et Raj qui volent la vedette à la star du show. Ce duo de bras cassés hors du commun provoque à lui seul des situations d’une absurdité réjouissante qui sortent la sitcom de sa routine. Car, je ne sais pas vous, mais lors de ce double épisode de reprise, il y avait quelque chose de politiquement incorrect à voir ces deux types se tripoter les mamelons un soir de prime time.

Boardwalk Empire (saison 4) : Après une précédente saison qui avait un peu forcé sur le goulot de ses acquis, Boardwalk Empire a pris le temps de décuver et revient avec un panache presque surprenant. J’y reviendrais, c’est sûr, ne serait-ce que pour suggérer à tous les fans de Game of Thrones de troquer leurs armures médiévales afin de plonger dans l’univers violent des années folles et des gangsters malades.

Dexter (saison 8) : L’exemple type d’une série qui a tiré sur la corde de son heure de gloire jusqu’au bout du mauvais goût. La vérité c’est que Dexter n’y était plus depuis trois saisons. Nous si,  uniquement par fidélité envers un show qui, par le passé, savait autant nous chatouiller les tripes que provoquer des sueurs froides. Plutôt que de m’acharner inutilement comme tout le monde envers une série dont la seule qualité constante fut la splendeur suggestive de son générique, je renvoie ici vers l’hommage, réussi mais lucide, rédigé par l’ami Benjamin Campion.

How I Met Your Mother (saison 9) : Le double épisode qui scellait le retour de Barney et ses amis fut pénible. Gags vaseux, douteux, et à la désagréable répétition. C’est la dernière saison, la « mother » est d’ores et déjà connue des téléspectateurs, je pourrais très bien m’arrêter là. Mais non. Pourquoi ? Parce qu’en série comme en amitié je suis un type loyal, voilà pourquoi.

Jeoffroy Vincent

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