Musique

L’inventaire de rentrée (3) – Trucs en vrac et jolies fins de rayon

Au programme de ce dernier inventaire, on trouve presque de tout pour faire un monde: des lapins effrayés, un ancien arbre hurleur qui propose des reprises joliment feuillues, une pianiste danoise adepte du chignon hitchcockien et un rockeur en berne qui n’arrive pas totalement à ranger ses guitares.  A-t-on gardé le meilleur pour la fin ? A vous de juger…

Frightened Rabbit : quelques bons sauts mais moins de rebonds

Frightened Rabbit - Pedestrian VerseDix ans après leurs débuts, dont trois après le grandiose The Winter of Mixed Drinks, les lapins écossais et effrayés sont revenus s’aveugler sous les phares de la sphère musicale. Soit Pedestrian Verse, nouveau disque moins réussi que le précédent, souffrant sûrement de son rapport ironiquement plus terre-à-terre avec la construction de ses mélodies, et qui connaît en son cœur des moments d’égarements. Avant, enfin, de se ressaisir dans sa dernière moitié. Serait-ce parce que Scott Hutchison a délégué son rôle de songwriter que le résultat souffre parfois d’un manque d’exigence évident ? Probablement. Néanmoins, ce serait véritablement injuste que de rouler impitoyablement sur ce quatrième album en se concentrant uniquement sur les petits dégâts parsemés sans faire marche arrière. Appelez ca de la culpabilité mais Pedestrian Verse réussit à séduire lorsqu’il emprunte des chemins de traverse. On pense alors à Acts of Man, titre d’ouverture typique de l’incandescence cadencée et affûté chère aux Frightened Rabbit, à l’étonnant The Oil Slick, à Housing (out) ou à cette superbe piste qu’est Nitrous Gas, qui finit d’achever notre réticence à trainer un peu la patte.

Mark Lanegan : The Voice behind…

Mark Lanegan-ImitationsMeilleur que Chris « Le Rugisseur qui feule plus qu’il ne gronde » Cornell, Mark Lanegan, l’ancienne belle voix qui fit frissonner les brûlants feuillages des Screaming Trees, revient avec un album qui ressemble presque à une mise en jambe entre deux projets. On aurait tort, toutefois, de prendre Imitations comme un banal exercice de style, sorte de lointain prétexte à sortir un disque ne serait-ce que pour le plaisir de figurer dans les bacs.  Toujours plus probant qu’un Iggy Pop sur le même registre, Mark Lanegan fait preuve d’originalité dans ses choix et ses relectures. Il passe du statut de baladin ténébreux à celui de crooner céleste sans, tout de même, trop se suer mais en caressant Nick Cave, Nancy Sinatra, les Twilight Sisters, Chelsea Wolfe ou Gérard Manset ( !) d’un même élan d’affection. Le disque passe comme une lettre à la poste, et continue d’enfoncer le clou sur la planche de notre admiration quant à ce chant superbe. Ni blessé ni suave, mais riche d’une constance telle qu’il dégage en clair/obscur une force sans peu d’équivalents actuels.

Agnes Obel tombe le chignon

Agnes ObelC’est l’histoire d’une jolie danoise au chignon blond hitchcockien dont on avait, finalement, oublié qu’elle finirait un jour par revenir. Comme beaucoup, on avait été séduit par Philharmonics, premier coup discographique qui s’amusait à ressortir du passé les Gymnopédies d’Erik Satie pour les noyer ensuite dans un écrin intemporel de mélancolie instrumentale, onirique et gracieusement juvénile. Et puis, sans vraiment le vouloir, on l’avait laissée s’en aller.  Peut-être que de ne plus rien attendre de sa part était le meilleur moyen d’aborder ce deuxième disque. Qui, de nouveau, fait la part belle au piano. Sauf que, cette fois, comme en témoigne la pochette d’Aventine, Agnes Obel joue de ses doigts de fée pour unir les contraires et provoquer les paradoxes. En se mettant à découvert, elle gagne en profondeur. Parce que son instrument de prédilection ne se dompte mieux qu’en étant ombragé, Agnes Obel trouve là un climat qui lui ressemble enfin.  Alors qu’Aventine fait référence à l’une des sept collines surplombant la ville de Rome, plus Agnes Obel va chercher à sonder ce mystère qu’elle effleurait autrefois, plus son âme prend de la hauteur. Et de l’intérêt.

Ty Segall: méfiez-vous de l’eau qui dort

Ty Segall SleeperOn le connaissait bouillonnant, au point de cracher son effervescence électrique à qui doutait de sa personne et de son tempérament fougueux. Mais parce qu’il venait de perdre son père, et que la majeure partie de ses relations prenait une tournure foireuse plus qu’autre chose, Ty Segall a mis ses amplis en berne et ses guitares discordantes au placard. Toutefois, même en mode spleen, Ty Segall accouche d’un disque de folk foutrement dérangé (She don’t care, touchante par sa souffrance dissonante) qui soigne la déprime à grand renfort de refrains haut perchés et de décharges involontaires (The Man Man). Dans cette voix fantomatique, on retrouve pêle-mêle l’affection que porte Segall au Bowie des débuts et au Lennon de toujours. Sleeper n’est pas tant un disque sur le deuil, mais sur cette étape – humaine donc compréhensible – du refus brutal avant celle du recueillement.

Comme ça, vite fait, avant de passer à la caisse (bonus track)

Ca ressemble à Radiohead, ça sonne comme du Thom Yorke mais ce n’est ni l’un ni l’autre.  Cela s’appelle John and the Volta, ils sont bordelais et sont censés publier un EP la semaine qui arrive. On ne sait pas trop si ce nouveau quatuor va véritablement trouver ses marques en dehors d’une similitude troublante, et non dissimulée, avec les auteurs d’OK Computer et d’In Rainbows, mais on surveillera ça à l’occasion. En attendant, Ghosts reste une chanson suffisamment plaisante pour boucler ce tour de l’audition et prendre le chemin de la maison.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Frightened Rabbit : Pedestrian Verse (Atlantic Records), disponible depuis le 4 février 2013.
Mark Lanegan : Imitations (Vagrant Records), disponible depuis le 17 septembre 2013.
Agnes Obel : Aventine (PIAS), disponible depuis le 30 septembre 2013.
Ty Segall : Sleeper (Drag City), disponible depuis le 24 août 1013.

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