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L’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai

Comme c’est un peu la disette du côté de l’actualité musicale, et que l’on reviendra prochainement sur celle des séries dans les prochains jours, on refait le point sur nos dernières escapades dans les salles obscures. Mais aussi sur nos séances de rattrapage à la maison, et sur notre capacité lourdaude à vouloir insérer des références de chanson à chaque sous-titre. Celle ou celui qui les trouve toutes aura notre reconnaissance éternelle ainsi qu’une dédicace personnalisée dans l’un des prochains articles à venir.

The Immigrant : All gone to look for America

J’aime beaucoup James Gray. Vraiment. Ses films possèdent une esthétique splendide, néoclassique devrait-on dire pour se la jouer un peu, qui évoque immédiatement les productions américaines du début des années 70. D’ailleurs, James Gray ne s’en cache pas: c’est un réalisateur érudit qui rappelle, quasiment dans toutes les interviews qu’il donne, son affection pour les cinéastes du Nouvel Hollywood,  le cinéma et l’opéra italien, et la tragédie. Sans doute est-ce pour cela que ce type est vénéré en France et quasiment fui sur son sol natal. Ses films sont d’une beauté triste où aucun de ses personnages n’échappe au poids que la famille joue sur leur destinée. Revoyez donc la magnifique scène finale de Two Lovers, et vous verrez à quel point c’est flagrant.Le truc c’est que Jim, là, il veut un succès. Pour voir ce que cela fait. Il veut mettre ses sentiments « sans distance, sans retenue » [1]OK Jim, bien que tu l’aies tout de même plus ou moins déjà fait. Donc Jim continue de faire ce qu’il faire de mieux, à savoir réaliser et raconter un bon vieux drame de famille. Les films de gangsters et le drame contemporain, Jim a déjà donné. Manque à son actif un mélodrame avec une reconstitution historique ultra crédible: The Immigrant donc, avec Darius Khondji comme directeur de la photo. Pour ce faire, Jim s’entoure d’un petit nouveau dans la tribu (Jeremy Renner, qui a rangé son arbalète des Vengeurs dans les coulisses) et du fidèle Joaquin Phoenix – probablement le plus grand acteur américain en activité. Pas sûr, cependant, que Marion Cotillard fut un choix judicieux pour porter toute l’émotion du film sur ses épaules de star.

Contrairement à l’acharnement dont elle est souvent la cible, je n’ai rien contre l’actrice; il m’arrive même de l’apprécier dans certains films. Toutefois, je pense que  le visage d’une inconnue plutôt que celui d’une actrice mondialement célèbre [2] aurait certainement mieux servi l’histoire de cette polonaise clandestine, fragile mais déterminée, qui se prostitue pour soigner sa soeur. Soit, en effet, un programme idéal pour faire pleurer dans les chaumières. Et avec tous les ingrédients réunis pour que la petite larme coule : une musique splendide, une atmosphère soignée, une mise en scène bien cadrée pour porter ce qui pourrait être une variation du Parrain 2  à la Andersen. Le tout forme malheureusement un objet tellement chromé qu’il en devient poli (dans les deux sens du terme), à l’intérieur duquel on ne voit que Marion Cotillard. Marion Cotillard qui pleure, Marion Cotillard habillée en guenilles, Marion Cotillard dans des poses lascives, Marion Cotillard qui a pris des cours de langue étrangère pour préparer son rôle. Tant et si bien, et c’est triste à écrire, mais on se fiche éperdument de ce qui lui arrive. L’émotion tant recherchée est complètement absente, noyée sous une accumulation de scènes si propres qu’elle laisse l’empathie sur le banc de touche. Restent les personnages de Renner, plutôt bien campé, et celui de Phoenix, qui offre une bouleversante démonstration de ses talents d’interprète dans les dernières minutes. Autrement, sur le même thème et avec le même titre, revoyez donc le court-métrage que Chaplin réalisa avec Edna Purviance en 1917.

Casse-tête chinois : Avoir la vie partagée, tailladée

Huit ans après le superbe Les Poupées Russes, revoilà Xavier et presque tous ses amis. 40 ans, séparé, deux enfants, et, enfin, une carrière littéraire pleine de succès, Xavier part rejoindre son ex-future femme pour être au plus près de ses enfants. Tout en devant tenir l’échéance de l’écriture de son troisième roman, il va devenir coursier, épouser une chinoise pour pouvoir rester sur le territoire américaine, et reconnaître une paternité tout à fait particulière… mais dans l’air du temps. Bref, un sac de noeuds tel que Cédric Klapisch aime mettre en scène.

Difficile d’être réellement objectif face à une série qui nous accompagne depuis une décennie et qui, sincèrement, peut se targuer d’être un exemple de ce que le cinéma français fait de mieux en termes de spontanéité, d’inventivité et de justesse. Très mise en scène et finement dialoguée, la trilogie se conclue cependant par son volet le moins réussi. Sympathique certes, jouant habilement sur l’affectif, mais souffrant  d’un manque de rythme évident. Il y a, comme toujours, ces moments de franche rigolade, et quelques scènes absolument magistrales dans lesquelles la voix off de Xavier fait choeur avec la réalisation inspirée de Klapisch. Qui filme New-York sans jamais tomber dans le cliché de la carte postale. On y trouve un plaidoyer anarchique pour l’amour sous toutes ses formes et, paradoxalement, une issue à la finalité attendue, convenue presque, qui freine ce qui fait l’intemporelle force de deux volets précédents:  voir la vie comme un voyage, dont l’itinéraire reste irrémédiablement inconnu, mais qu’on se doit de traverser avec élan.

Séances de rattrapage 

Winter’s Bone : I tried hard to have a father but instead I had a dad

Quand je vous dis que je suis prêt à voir Hunger Games: l’embrasement juste pour Jennifer Lawrence (d’ailleurs c’est prévu), ce n’est pas des paroles en l’air. Vous ne me croyez pas ?

Pourtant, en dehors de toute la hype qui l’entoure, cette fille a le feu sacré et la tête (bien faite) sur les épaules. Non seulement elle possède un charisme magnétique mais son tempérament imprime la pellicule par une présence incroyable. De plus, et je le dis avec un sérieux non feint, on n’a pas vu une jeune actrice aussi douée depuis Jodie Foster. Dans Winter’s Bone, conte crépusculaire dans lequel son personnage serait un petit Chaperon Rouge qui assommerait le Grand Méchant Loup, J-Law traverse le film avec un affront doublé d’un admirable culot.  On y voit une Amérique que personne ne regarde. Parce que trop reculée, pleine de rednecks menaçants, crasseux, qui jouent du banjo et qui sniffent de la coke pour oublier l’ennui. Ca parle de la survie, de la crise économique et de l’existence. C’est d’une simplicité même, sans démonstration ni effets de style, mais c’est rugueux comme une bûche que l’on tranche d’un seul coup. Au risque d’y laisser les doigts.

The Breakfast Club : C’étaient pas des amis de luxe

Je ne sais pas pourquoi, ni même comment, mais j’étais complètement passé à côté de l’un des films les plus populaires des années 80; et pas seulement dans le registre de ce que les critiques aiment appeler « teen movie ». Quand j’étais adolescent, j’étais plutôt Roger Rabbit, Gremlins et Retour vers le futur. Je le suis toujours d’ailleurs. En dehors du fait de pouvoir enfin saisir les nombreuses références et clins d’oeil faits au film les années qui ont suivi sa sortie, voir The Breakfast Club aujourd’hui – comme d’ailleurs quasiment tous les films tournés dans les années 80 – c’est d’abord assister à un ancien défilé de mode qui, autrefois, représentait tout ce qu’il y a de plus branché. C’est ensuite s’apercevoir que les teen movie ont ensuite dérivé vers quelque chose de plus vulgaire (American Pie) avant de, tranquillement, se muer en un autre genre tout court: le slasher movie (Scream, Souviens-toi l’été dernier).

Le postulat de départ presque salingerien (cinq lycéens qui ne se connaissent pas, réunis ensemble pendant une journée de détention) ne manque pas de charme, et se tient assez bien sur la durée. C’est plutôt mignon, sympathique et bien joué. A ne pas bouder lors d’un dimanche pluvieux.

[1] : A lire l’interview de James Gray donnée à Télérama.
[2] : Et bankable de surcroît mais, que voulez-vous, Jim veut un succès.

Jeoffroy Vincent

3 comments on “L’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai

  1. Je me lance à l’essai:
    – Simon and Garfunkel
    – Téléphone
    – Nirvana
    – Brassens

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  2. Et mise à part ce petit jeu (divertissant en rentrant du boulot!), merci pour ces agréables billets toujours aussi intéressants, enrichissants et cultivants!

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