Séries

Masters of Sex (saison 1) – All you need is love

© Showtime

J’aurais pu également choisir I wanna hold your hand. Mais des Beatles il n’en est point question dans cette série. Cette nouvelle série dont on avait peine à croire qu’elle allait devenir un exemple de subtilité et d’élégance, tant sur le papier tout portait à suspecter qu’elle se contenterait d’aligner les scènes érotiques et voyeuristes pour satisfaire les abonnés du câble. Non, vraiment la série développée par Michelle Asford s’est avérée être – et ce n’est guère difficile vu ce qu’il y avait en magasin – la vraie révélation de cette rentrée. Passés trois épisodes un tantinet longuets, car hésitant encore dans le ton et l’équilibre à adopter, la première saison de Masters of Sex a été surprenante. Autant dans sa façon de traiter un sujet aussi périlleux que la sexualité, que bouleversante – les personnages, a fortiori les seconds rôles, prenant au fil des épisodes une importance émotionnelle plus qu’utilitaire. Car, oui, en dépit de son titre qui pourrait inciter à penser le contraire, Masters of Sex est une série romantique. Incroyablement et mélancoliquement romantique. La représentation du sexe n’étant pas toujours très flatteuse dans les œuvres télévisées du câble, il fallait peut-être un traitement à froid pour tenter d’en parler avec complexité. L’air du temps demeure aux récits construits sur des faits réels, la série n’échappe pas à cette mode puisque Masters of Sex est l’adaptation du livre biographique de Thomas Maier (ici producteur exécutif) basé sur l’étude scientifique menée par William Masters et Virginia Johnson à la fin des années 50. De quelle étude s’agit-il ? D’observer, ni plus ni moins, les réactions physiques de l’être humain pendant l’acte sexuel. Autant vous dire qu’au début c’est assez déroutant : si on est habitué à regarder, disons-le tout net, des personnes baiser plus souvent que faire l’amour à la télévision, les scènes de sexe ou de masturbation dans MOS n’en sont pas coquines pour deux sous. Le rapprochement avec la personnalité froide, distanciée, légèrement hautaine, du docteur William Masters n’est pas anodin. Dans l’hôpital universitaire où il exerce, Masters est une sommité. Un de ceux qui demeurent à la pointe de la recherche et de la pratique. Concernant ses rapports avec les autres, son comportement et son tact, c’est autre chose. Il est, en somme, l’inverse total de celle qu’il engage comme secrétaire : Virginia. La charmantissime, la pétillante, la passionnée Virginia Johnson, véritable déluge de charme et d’intelligence qui va chambouler le monde bien rangé de son patron.

Derrière l’observation des réactions et des (multiples) positions pendant l’acte, et tout en explorant les multiples définitions possibles que le sexe revêt, MOS s’ingénie à disserter sur l’entière méconnaissance que l’on peut avoir sur un sujet aussi vieux. Elle en devient une magnifique peinture sur l’association des contraires, sur ces sentiments qui surgissent n’importe où, n’importe quand et n’importe comment. Sur les apparences et les idées reçues. D’où certaines scènes très drôles, comme ce jeune couple de bigots qui pensent que coucher ensemble signifie simplement partager la couche sans se toucher. Et d’autres plus fortes, comme celles où William annonce à une ancienne prostituée qu’elle a une salpingite et qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants. Le sexe n’est jamais présenté comme une quête effrénée vers l’orgasme, ou comme une démonstration de plaisir, mais comme une partie essentielle de soi que l’on cache aux autres la plupart du temps mais que l’on révèle avec parcimonie. MOS aborde donc, avec un tact immense, la question des tabous et de l’intimité. Comme celui de faire l’amour à d’autres fins que celle de procréer. Ou celui d’aimer une personne du même sexe que le sien. C’est ce dernier, d’ailleurs, qui confère à la série un point de départ empathique qui lui faisait défaut au début: l’arc narratif autour de l’homosexualité refoulée du doyen Scully (Beau Bridges, tout en conflit intérieur) semble carrément être le facteur collatéral et révélateur de plusieurs personnalités satellites aux personnages principaux. On suit même avec plus d’intérêt les péripéties intimistes qui arrivent aux seconds rôles (Ethan Haas, Vivian, Lilian De Paul, Libby Masters) plutôt que les investigations liant les deux personnalités opposées que sont William et Virginia. Les scènes avec Alisson Jeanney, qui interprète à la perfection l’épouse du doyen Scully, figurent parmi les plus belles jamais vues à la télévision. La manière dont cette femme délaissée, et qui doute de la fidélité de son mari, va se sentir désirable à nouveau est non seulement traité de manière exemplaire mais à l’image de tout ce que la série véhicule.  Car oui, en fait, plus que de sexe, toute la série ne parle que de vouloir être désiré pour ce que l’on est. Pour qui l’on est. Et tant pis si on se couvre de ridicule. Et tant pis si on ne rentre pas dans les cases. Parce qu’en comparaison aux jugements des autres, tous les sacrifices et des risques que l’on est prêt à prendre ne sont, au final, que peu de choses lorsque l’on se tient tremblant face à l’autre, pour lui révéler qu’il est le seul être sans lequel on ne peut vivre. Ailleurs, un tel degré de sentimentalisme et de mélancolie en serait naïf. Risible au pire. Avec Masters of Sex, il en devient si palpable, si vrai, si poétique, si troublant, qu’il vous dresse l’épiderme.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Masters of Sex (2013, USA. 1 saison- toujours en production).

Série américaine créée par Michelle Ashford. Saison de douze épisodes diffusés sur Showtime du 29 septembre au 15 décembre 2013.

Avec Michael Sheen (William H. Masters),Lizzy Caplan (Virginia E. Johnson),Caitlin Fitzgerald (Libby Masters), Teddy Sears (Dr. Austin Langham), Nicholas D’Agosto (Dr. Ethan Haas), Beau Bridges (Doyen Barton Scully) et Allison Janney  (Margaret Scully).

Le site officiel de Masters of Sex

0 comments on “Masters of Sex (saison 1) – All you need is love

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :