Rick et Morty – L’infini, l’au-delà et nous

Avec sa tonsure sur le crâne, sa coiffure pétaradante, sa salive acide aux bords des lèvres et sa fine blouse blanche en guise de manteau, Rick Sanchez est un drôle de vieil homme. Quand il ne bricole pas dans le garage de leur maison, il loge sous le toit de sa fille Beth et de son gendre Jerry. Grand-père de deux enfants – Summer, l’aînée et Morty le benjamin – Rick est surtout un scientifique aux aspirations étranges, un misanthrope de premier ordre, un cynique du plus haut degré et un alcoolique notoire. Et, avec tout cela, probablement l’esprit le plus brillant de tout le système solaire (et autres galaxies très très lointaines) qui ne peut s’empêcher d’embrigader Morty dans ses drôles de voyages…

(c) Adult Swim

En 2012, lorsque le scénariste et producteur Dan Harmon se fait gentiment mettre dehors par NBC après la fin de la troisième saison de Community, sa série phare et adulée par une poignée de fervents admirateurs, ces derniers sont en berne. Aux abois. Leur fiction est désormais entre les mains de deux inconnus (David Guarascio et Moses Port) et Rick & Morty, nouveau projet de série d’animation développée par Harmon en compagnie de Justin Roiland pour la chaine Adult Swim, semble n’être qu’un joujou de consolation. Une œuvre de transition, éphémère, sorte de défouloir artistique et cathartique de la probable rancœur accumulée par le trublion scénariste. De là à voir en Rick un possible transfuge fictif de la personnalité et du tempérament dépressif de Dan Harmon à cette période, il n’y a, évidemment, qu’un pas à faire.

Parodie pleinement assumée de Retour vers le futur, Rick & Morty démarre en effet comme cela: comme une gigantesque bourrasque anarchique soufflant sur les sommets de la montagne hollywoodienne. Autrement dit sur notre monde en général et sur ce qu’il peut générer comme superficialités. Au pays de l’animation télévisuelle américaine, rien de presque neuf sous le soleil; Les Simpson, South Park, American Dad, Les Griffin – ou même Bob’s Burgers d’une certaine façon- désacralisent depuis plusieurs années (voire plusieurs décennies) la bienpensance et les bonnes mœurs à travers un prisme familial sans cesse en déconstruction. Sauf que Rick & Morty ne se contente pas de reproduire le même schéma satirique et corrosif sur lequel des plumes en herbe redoublent d’efforts pour trouver des répliques percutantes ou les situations les plus absurdes. Percutante, absurde, Rick & Morty l’est assurément. Irrévérencieuse, désinvolte, insolente, régressive et cauchemardesque ? Tout autant. Mais elle acquiert, au fil des pérégrinations interdimensionnelles et des territoires ubuesques qu’elle ne cesse de cartographier avec un brio démentiel, une forme de métaphore mélancolique sur la question de notre place dans l’Univers et du sens existentiel que l’on peut lui attribuer. Tout le courant de folie qui balayait gentiment le campus de Greendale dans Community est présent, plus que jamais. Toutefois, il souffle d’une manière que seule l’animation permet: en s’autorisant à peu près tous les fantasmes possibles et inimaginables qui fourmillent sous le crâne d’Harmon.

(c) Adult Swim

S’il y a bien une frontière que Rick & Morty brise ou repousse, c’est bien la notion du territoire même et de la question de l’importance que l’on revêt à l’intérieur de ce territoire. Dans un épisode particulièrement réussi (sur trois saisons d’existence, ils le sont à peu près tous),  intitulé Les Ricks dont tombés sur la tête (saison 2, épisode 6), Rick entend réparer la batterie de son vaisseau et entraine Morty…à l’intérieur de cette dernière: on y découvre que Rick a créé toute une planète composée d’individus qui vivent et travaillent dans le seul but de produire de l’électricité; ce à quoi, à l’intérieur de cette même planète, un brillant scientifique a lui-même pensé à la même chose et cherche la cause de la baisse d’énergie qui touche sa propre planète. Et ainsi de suite, et ainsi de suite… A bien des égards, cette manière de tricoter une pelote narrative à la fois décomplexée et totalement complexe rappelle l’esprit d’aventure qui portait Futurama de Matt Groening vers l’infini et l’au-delà. A la nuance près que si l’on rit aisément devant Rick & Morty, on rit pour rompre une gêne. Un malaise tacite, discret, quasiment transparent et presque inexplicable. Car, derrière les décors de couleurs criardes qui avivent et habillent les épisodes, derrière une force comique centrifuge, le fond de l’air est souvent triste. Les personnages sont désemparés, désorientés, désaxés. Ils n’ont quasiment aucune raison d’être ensemble hormis leur lien familial. En dehors de la maison qui les abrite, le monde qui les entoure ne les reconnait pas; professionnellement, socialement, intimement. Et Rick – qui se protège comme il le peut de ces mêmes symptômes- ne manque pas de rappeler à ses proches la médiocrité criante de leur triste et morne quotidien.

Ailleurs, il n’y aurait pas de quoi rire. Mais ici, c’est-à-dire à peu près partout dans le raisonnement propre à l’équipe qui soutiennent Harmon et Roiland dans leur exploration jusqu’au-boutiste et bizarre de l’absurdité de notre existence, Rick & Morty y parvient. Avec brio, excès, force drôlerie et poésie. Ce qui fait d’elle non seulement une très grande série d’animation mais l’une des plus accomplies (toutes catégories confondues) qui existent.

Rick et Morty (Adult Swim, 3 saisons, 31 épisodes- 2013/ en cours de production)

Série animée télévisée américaine créée par Justin Roiland et Dan Harmon.

Saisons 1 à 3 🙂 🙂 🙂

Le site officiel

 

2 commentaires sur “Rick et Morty – L’infini, l’au-delà et nous

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  1. Rick and morty c’est vraiment drôle, un humour très spécial parce qu’on pourrait croire que c’est con mais ça ne l’est pas .
    La saison 3 est moins bien que les deux premières à mon goût . Mais l’épisode 7 de la saison 3 est mon préféré !

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    1. Drôle et mélancolique, c’est vraiment une alchimie encore plus prégnante que dans Community je trouve. Et je les aime toutes d’amour les saisons, honnêtement je ne saurais pas en choisir une qui soit ma préférée. Comme Futurama 😉

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