L'épisode où Séries Un Village Français

Un Village Français – L’embarquement (fin de série)

Attention spoilers ! Cet article traite du tout dernier épisode de la série

La première chose qui frappe, c’est cette impression de calme. D’apaisement. Une fleur se laisse caresser. Une page se tourne et l’émotion nous étreint. Doucement. Lentement. De manière un peu classique diront certains, d’une manière romantique rétorqueront d’autres; après tout, Daniel Larcher ne meurt-il pas d’un chagrin d’amour long de trois décennies ? « Rien ne dure » disait-il à Sarah dans l’un de ses rares moments de pur bonheur. Jules Bériot ne meurt-il pas, lui aussi, en regardant s’éloigner la femme qu’il a aimé envers et contre tout d’un pas claudiquant, marqué par le poids des années et des blessures ? Rien ne dure, les souvenirs compris.

La mémoire fourrée à l’oubli c’est la mémoire sélective.
On pioche ce qui nous arrange…

Jules Bériot, 90 ans

Raymond, envoyant Jeanine sur les roses. Une fois de plus. (c) France 3

Dans ce dernier épisode d’un épilogue riche de six fragments, les adieux s’effectuent avec une retenue absolue. Essentielle, même dans ses moments les plus durs. Nous sommes loin de l’agitation, la peur, la confusion, et de l’incompréhension qui troublaient les personnages en juin 1940, lorsque les bombardements pleuvaient sur le petit village fictif de Villeneuve. En sept saisons et huit années, la série de Frédéric Krivine, Emmanuel Daucé et Philippe Triboit aura non seulement affiché un culot incroyable (celui de mettre de la nuance dans une période historique agitée et émotionnellement chargée) mais une constante admirable et exemplaire, tant dans son écriture (remarquable), sa direction d’acteurs (excellente) que sa mise en scène (poétique), lui ouvrant ainsi l’entrée de rejoindre, aisément, la liste des meilleures séries de tous les temps.

Intitulé L’embarquement, cet ultime épisode épouse pleinement la thématique de l’étirement du temps inaugurée dès le début de l’épilogue. Pour la première fois de son existence, Un Village Français s’autorisait le droit de voyager en dehors de son contexte historique initial délimité (1940/1945), allant et venant au gré des époques, comme pour continuer d’étendre les ramifications d’un conflit à l’échelle internationale vu à taille humaine pour mieux continuer de le comprendre. Comme à son habitude, la fiction de France 3 témoigne, dans ses derniers instants, d’une empathie folle envers ses protagonistes et d’une lucidité absolue sur les enjeux essaimés en permanence sur leurs trajectoires. Les grèves, les élections, la reconstruction, le renouveau et les récurrences se suivent et épousent les mêmes problématiques conflictuelles survenues dix, vingt ou plus de cinquante ans plus tôt. Qu’auriez-vous fait ? Qu’aurions-nous fait ? Pendant huit années, Un Village Français n’a eu de cesse de poser implicitement la question à des spectateurs parfois si sûrs de leurs jugements, sans jamais, justement, condamner leurs personnages. Parce que le héros d’hier peut devenir le salaud d’aujourd’hui. Parce que le collabo est peut-être un Juste incompris. Parce que la puritaine est celle qui regorge le plus d’amour. Parce que le militant aux idéaux nobles est aussi le lâche le plus infâme. Les nuances de gris qui étoffent la palette de la série demeurent d’une densité aussi incroyable que noble et, cela, peu de séries peuvent se targuer.

Les quiproquos, la barbarie, les différences et la défiance des hommes continuent de prospérer tristement avec les années. Lucides en cela, les scénaristes savent parfaitement dans quel sens tourne le monde. La continuité de ce que l’on nous montre et les raccords du passé avec notre époque contemporaine fait mouche. Tout le temps. Mais ces mêmes scénaristes ne sont pas exempts de montrer des êtres lumineux qui, au milieu du tumulte, sont portés par une envie de vouloir repeindre les couleurs autrement. Une volonté de résister. Parce qu’il y aura toujours des Marcel Larcher, des Françoise, des Anselme et même, quelque part, des Raymond Schwartz soulevés par un humanisme plus grand qu’eux-mêmes. Et la chanson de Raymond Levesque, Quand les hommes vivront d’amour, de prendre une dimension tout aussi ironique, tragique, dramatique qu’incroyablement optimiste. Une leçon de vie qui continuera, longtemps, de résonner.

🙂 🙂 🙂 🙂Un Village Français (France, 2017, France 3 – saison 7, partie 2: L’épilogue)

Série créée par Frédéric Krivine, Philippe Triboit et Emmanuel Daucé.
Diffusée du 16 novembre au 30 novembre.

Le site officiel

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