Dawson – La crique des bons copains

1998. Kevin Williamson est l’un des scénaristes en vogue les plus courtisés d’Hollywood. Pensez-donc: Scream, Souviens-toi l’été dernier et Scream 2 sont consécutivement des triomphes au box-office mondial, faisant de lui le hit wonder du moment. Profitant du contexte, la chaine WB vient courtiser Williamson pour un projet de série. Williamson accepte mais, au lieu de tranquillement recycler la formule qui l’a propulsé sous les feux de la rampe (découper des jeunes gens dans la pure tradition du slasher movie), il choisit de développer une série aux accents autobiographiques située dans une petite ville balnéaire autour d’un adolescent nommé Dawson, totalement épris de cinéma…et de Joey, son amie d’enfance. Entouré de Pacey, Jen puis Jack, Dawson et Joey vont faire de Capeside, cité fictive de la Caroline du Nord, le décor de bien des tribulations sentimentales et autres logorrhées existentielles, accompagnant toute une génération d’adolescents vers l’âge adulte.

(c) WB/Sony Pictures

Vingt ans après ses débuts, à de nombreuses reprises, il arrive d’entendre que Dawson pouvait être exaspérante. Parlez série, mentionnez le titre de Dawson dans la conversation, et vous aurez droit à des soupirs (au mieux) ou des ricanements (au pire) au sujet d’une série dont, soi-disant, le principal reproche était de ne pas être réaliste. A bien des égards, elle l’était. Mais elle ne le fut pas tout le temps. Il est évident que les héros de Dawson pouvaient être crispants à discourir sans raison, principalement autour du sexe d’ailleurs, et en marchant toujours à reculons envers leurs sentiments ou leurs pulsions. Tout comme il est indiscutable que la fiction développée par Kevin Williamson puis Paul Stupin et Greg Berlanti n’évita pas certains passages obligés (l’incompréhension juvénile face au monde adulte, le triangle amoureux, le spleen adolescent, la bande son FM qui met en relief les scènes d’émotions…), on oublie souvent que Dawson fut une série qui n’avait pas peur d’abriter des dialogues crus ou un discours pour le moins osé sous un voile romantique totalement assumé. Vous souriez ? Revoyez le pilote: totalement méprisé par une VF, qui s’est bien gardée d’effacer toutes notions de subversion, on y parle de masturbation devant la présentatrice de JT Katie Couric et l’on défie sa grand-mère de prononcer le mot « pénis ».  Certes, Dawson demeure moins poétique que ne fut l’incomprise Angela, 15 ans, moins doté de cet élan anarchique et lucide qui porta Freaks and Geeks  (toutes deux annulées au bout d’une saison), mais elle conserve -encore aujourd’hui- un indéniable charme, nostalgie toute mise à part.

Pacey Witter, le héros derrière le héros

Pacey Witter
© Columbia Tristar/ Sony Pictures

En fait, l’ironie concernant la série, c’est que sa véritable raison d’être n’est même pas son personnage principal. Le réel intérêt de Dawson (et de le revoir éventuellement aujourd’hui) est d’observer comment Pacey Witter, son meilleur ami, va lui damer le pion jusqu’à la conclusion de la série. Parce qu’il est l’être imparfait de la bande et qu’il est le seul à ne pas le mettre en avant. Parce qu’il cache sa peur de ne pas réussir, scolairement et professionnellement, sous une attitude désinvolte qui s’associe par des punchlines bien formulées. Pacey Witter, c’est en quelque sorte le Han Solo de Capeside: le genre d’individu sur lequel personne ne parie au début de l’histoire mais qui finit par voler la vedette par son charisme et son humour dévastateur. Le bon copain qui reflète plus que sa bonhomme apparence. Prédestiné aux balbutiements de la série à jouer les faire-valoir comiques, le personnage prend donc vite de l’étoffe, par rapport à un Dawson qui végète sévèrement autour de son nombril. Son indépendance de caractère lui assure une sympathie quasi immédiate auprès du public: Pacey est celui des mauvais coups, celui qui entraîne Dawson à lâcher la bride et à vivre autrement que via ses références cinématographiques. Alors que Dawson demeure un fils unique choyé et aimé de ses deux parents, Pacey est le vilain petit canard qui surnage dans l’eau d’une famille plus instable que celle de ses pairs. Et les scénaristes comprennent vite le potentiel qu’il y a à développer une intrigue amoureuse combinant les humeurs variables de Dawson, Joey et Pacey. Précisément parce que, s’il reste un clown de première catégorie, Pacey demeure sans doute le seul individu du groupe capable de verbaliser ses pensées romantiques et d’agir dans la foulée.

L’éloquence du discours

Aussi étrange que cela puisse paraître aux puristes, ou aux avis circonspects, Dawson reste une référence d’écriture et de finesse dans ses dialogues. A-t-on revu, depuis, des séries mettant en scène des adolescents capable de s’exprimer avec un tel niveau de langage ? Bien sûr qu’il y avait, dans ce ballet discursif, une part de théâtralité probablement involontaire mais il faut y lire la traduction de cette indécision permanente qui vous habitait, adolescent, à cette période. Ou une envie justement de mettre des mots sur des situations qui vous effrayaient, ou vous passionnaient, précisément aussi parce que tout arrivait pour la toute première fois. Mais, tout comme Dawson était une série portée par une dynamique éminemment romantique, n’oublions pas non plus qu’elle était capable d’offrir de vrais moments de comédie; Pacey et Joey rappelant à eux-deux les grandes heures de la screwball comedy ne serait-ce que par leurs tempéraments opposés et leurs réparties aussi saillantes que délectables (avant, bien sûr, qu’ils ne succombent l’un à l’autre). De fait, ce que l’on qualifie d’irréaliste participe à une affranchissement des mœurs et des caractères qui passe par une argumentation serrée et un sens pointu de l’ironie. A bien des égards, Dawson demeure aussi l’une des dernières (sur la même chaine, et pour « les plus grands », Felicity suivra de peu) séries adolescents sans réel cynisme. Elle est, nul doute, une peinture candide d’une adolescence fantasmée qui continue, et continuera, de parler aux cœurs idéalistes si l’on prend le temps d’écouter.

DCDawson (Dawson’s Creek, WB, USA, 1998-2003- 6 saisons, 128 épisodes).

Saisons 1 et 2: * *
Saisons 3 et 4:* * *
Saisons 5 et 6: *

Série américaine créée par Kevin Williamson et diffusée sur The WB.
Intégrale disponible en DVD depuis le 25 octobre 2012.

Le site officiel de  Dawson

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