Mr Robot (saison 3) – Don’t delete me, ou une journée dans la vie d’Elliot

L’épisode où Elliot fait du baby-sitting et où tout le monde se rassure que tout ira bien…

Contrairement aux critiques qui, lors de la saison précédente, reprochaient à Mr Robot de s’égarer dans ses ambitions pour ensuite revenir sur leurs jugements, et ainsi louer le renouveau narratif de la troisième et dernière saison en date, je me suis retrouvé dans une situation totalement inverse. Au point que je me suis demandé si je n’étais pas passé à côté du truc. Si je n’avais pas raté un élément, une étincelle, bref quelque chose qui me permette de rejoindre les nombreuses louanges que j’avais pu lire en parallèle de la diffusion de la série chapeautée par Sam Esmail.

Eh bien non. Personnellement, je n’ai fait qu’attendre. Attendre que la saison démarre. Puis qu’elle s’achève. Et entre les deux bouts, qu’elle renoue avec sa dynamique folle, à la trame conspirationniste légèrement nébuleuse mais envoûtante, et qu’elle remette sur le devant de son récit tous les personnages que j’aime (et que j’aime détester) chercher à leurs façons un sens, et une direction, quant à leur projet de reconstruire le monde. A la place, il y eut beaucoup de surplace, une conspiration plus fumeuse que compliquée, de la poudre aux yeux cinématographique masquant mal une certaine vacuité de scénario, et une colère sociale cohérente troquée ici par une mauvaise rébellion adolescente. Moi qui, d’ordinaire, me faisais une joie de retrouver Elliot, Angela, Darlene, Mr Robot himself, et même Dom la nouvelle recrue, j’ai marqué une pause à l’issue du troisième épisode (Legacy), uniquement et inutilement centré sur Tyrell, dans lequel on essayait à tout prix de justifier l’absence du blond à la carrure carrée pendant toute une saison et demie. On m’enlevait, moi spectateur, toute ambiguïté, ou possibilité de vouloir boucler la boucle, en me fournissant des explications avec de gros sabots. Ne retrouvant guère le charme, la magie, la fascination et surtout la malice qu’avait Sam Esmail de me mener par le bout du nez (parce que c’est cela avant tout, Mr Robot: une série extrêmement malicieuse sur notre manière de regarder, et d’appréhender, la façon dont tourne notre monde), j’ai lâché en cours de route.

No matter what happens, we’ll be okay.
Angela

(c) USA Network/Michael Parmelee

Donc j’ai attendu. J’ai attendu que la saison se termine puis je l’ai regardée. Non sans déplaisir mais avec un ennui poli, sans le même emballement que pour les précédentes. Jusqu’à cet épisode huit, ironiquement intitulé Don’t delete me, comme une sorte de rappel désespéré de ce que Mr Robot était capable de produire et d’offrir lorsqu’elle est à son meilleur. Là où, dans les précédents épisodes de cette saison, la réalisation faisait énormément d’esbroufe technique pour nous maintenir en haleine (1), le récit s’accorde une pause en mettant Elliot sur le bas-côté. Ou, plus précisément, en nous induisant que le génial hacker – trompé, déçu, désabusé, perdu- va s’en aller mourir. Sauf que, juste avant cela, il va rendre hommage à Trenton et tombe sur la famille de ce dernier. Il y rencontre Mohammed, le petit frère de Trenton, avec qui il va passer toute la journée. Sans le vouloir d’abord, prétextant avoir quelque chose d’important à faire (comme se suicider par exemple), puis en le prenant sous son aile. Plus Elliot tentera de se débarrasser du gamin, plus le gamin se doutera du danger éventuel à abandonner Elliot.

Entièrement tourné en format Scope, se suffisant presque à lui-même tant il conserve une cohérence et une maitrise absolue des problématiques qu’il pose (notamment le suicide comme alternative à la solitude), la dimension de grandeur de ce superbe épisode se situe dans sa manière d’observer et de filmer une forme d’enfance perdue. Depuis le prologue jusqu’à cette scène plus que touchante entre Angela et Elliot (comme le sont d’ailleurs toutes les scènes entre Angela et Elliot), la caméra se situe donc à hauteur d’enfant et cherche ainsi des résolutions possibles. De fait, il y a dans Don’t delete me une manière très adroite de sublimer à nouveau, par de la mélancolie parfaitement imbriquée, des personnages devenus de simples rouages au service d’une narration mécanique. Par bribes éparses, au cour d’une journée de baby-sitting improvisée où Elliot veille sur Mohammed, on découvre pourquoi et comment le père d’Elliot vient à mourir, l’importance de la culture cinématographique chez les Alderson (je vous rappelle que l’un des rituels de Darlene et d’Elliot est de regarder chaque année The careful massacre of Bourgeoisie, nanar fictif) ou encore l’un des jeux fétiches auxquels s’adonnaient Elliot et Angela lorsqu’ils avaient un coup de blues. Cette scène, qui constitue le véritable climax de l’épisode (2), sauve à elle-seule toute une saison assez rabougrie par un soubresaut d’émotion inespéré qui, du coup, n’en devient que plus beau.  On ne pourra malheureusement pas dire autant du reste (3) mais, allez, on veut bien signer de nouveau pour l’année prochaine en souhaitant à Sam qu’il ne nous reprendra plus.

*** Mr Robot – Don’t delete me, saison 3 épisode 8
(USA Network, 2017, en cours de production)

Épisode diffusé le 29 novembre 2017.
Le site officiel de la série


(1):
A lui seul, l’épisode 5 tourné en deux énormes plan-séquences synthétise parfaitement ce que je pense de l’ensemble effectué cette année.
(2) Le fameux e-mail intitulé Don’t delete me qu’Elliot reçoit à la toute fin ne servant qu’à raccorder l’histoire avec l’arc principal.
(3)
Mon Dieu ce final grotesque. Si si, cet épisode dans la cabane, c’était grotesque et grand-guignol, sans aucune tension dramatique concrète et alourdie par des révélations ridicules; le mauvais remake de « Je suis ton père » joué par Philip à Angela étant le point culminant.

 

 

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