Baron Noir Séries

Baron Noir (saison 2) – Le danger de la zone grise

Ce n’est pas un échec. Mais ce n’est pas véritablement le retour que l’on espérait. Est-ce parce que l’on n’attendait pas grand chose d’une série politique de Canal Plus, qui plus est avec Kad Merad dans le rôle titre, que la première saison de Baron Noir nous avait, à ce point, surpris, marqué, emballé et passionné par ses nombreuses qualités ? Oui, c’est une évidence. Est-ce parce que j’attendais probablement un peu trop de cette saison là que je fais légèrement la fine bouche ? Sans doute, d’autant que la série développée par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon s’est payée (malgré elle) une intersaison de deux ans, faisant miroiter une suite à la hauteur de l’attente.

L’attente, décidément le mot clé de cette amorce, qui demeure également celle du spectateur face à une intrigue qui, dans le but de produire de l’effervescence au sein d’un milieu qui n’en connait que trop, multiplie ses sous-intrigues sans arriver à trouver un juste équilibre sur les huit épisodes proposés. Et, hélas, sans retrouver cette fougue et cette tension qui irradiaient la saison précédente. Le problème vient à la fois d’une hésitation due à l’inertie des deux premiers épisodes de cette saison (ce qui, pour une remise en situation constituant un quart de l’histoire, est déjà pas mal) et l’idée, pourtant excellente, de raconter, en temps réel la fin d’un monde: celui des partis (et pas uniquement celui du camp socialiste) et l’émergence des « mouvements » (tels que La République En Marche, La France Insoumise) qui, désormais, sont en vogue.

(c) Canal Plus

Ce n’est pas que les tribulations au sein de l’Élysée manquent d’intérêt, c’est juste qu’elles paraissent plus fades. Plus banales que la dynamique du terrain miné avec laquelle Rickwaert danse en permanence.

Après avoir cavalé à perdre haleine pour sauver sa peau, et échapper à la justice quant à l’affaire de détournement de fonds (affaire qu’il trainera encore comme un boulet en cette deuxième saison), nous retrouvons Philippe Rickwaert (Kad Merad, toujours étonnant) sortant donc de prison. Juste avant le résultat du second tour des présidentielles. Ironie narrative, coup du sort du destin ? Remettre Rickwaert dans l’arène de cette façon, au sein de cette brèche décisive dans ce qui constitue, tous les cinq ans, l’évènement citoyen du pays, est alléchant. Ingénieux. Mais cela ne reste qu’à l’état de promesse: on a bien le droit à quelques minauderies où Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis…quelle voix) , future Madame la Présidente, et Rickwaert se calculent à distance pour mieux apprécier l’intelligence de l’autre (qu’ils connaissent déjà soit dit en passant) mais sans que ce choix infléchisse véritablement sur la suite. Car, en cela, le choix d’une femme à la tête des institutions de la Vème République n’apparait pas plus avant-gardiste que cela dans la fiction télévisuelle hexagonale: les scénaristes font parfaitement semblant (et tant mieux) de ne pas surligner le caractère exceptionnel, et historique, d’une telle situation; l’exercice de l’état ne faisant aucune distinction de genre, Amélie, comme le reste de ses prédécesseurs et comme l’était Laugier, est condamnée à porter la solitude de ses responsabilités. Ainsi, même si tout l’arc autour de la menace terroriste raccroche beaucoup trop fort aux branches d’une actualité dont la série, pour nourrir sa fiction, pouvait aisément se dispenser, ce n’est pas que les tribulations au sein de l’Élysée manquent d’intérêt, c’est juste qu’elles paraissent plus fades. Plus banales que la dynamique du terrain miné avec laquelle Rickwaert danse en permanence.

Au détriment de ce polar nerveux qu’était la première saison, où les enjeux politiques étaient des enjeux de fiction posés dans un contexte aux accents de réel, Baron Noir nouvelle mouture se standardise à mesure qu’il élargit son univers. Et c’est sûrement de là que proviennent les problèmes et les déséquilibres de ce retour: d’avoir accolé trop de protagonistes autour d’un élément moteur, qui lui-même n’a pas besoin d’autant de personnages satellites. Sur l’échiquier du pouvoir déjà bien peuplé, Stéphane Torrini et Michel Vidal -respectivement les incarnations de fiction du mouvement centriste et du Front de Gauche – n’apportent guère davantage aux tractations, aux négociations dans le dos, aux manipulations et autres stratagèmes médiatiques que le spectateur connait sur le bout des doigts depuis que la fiction en politique existe. Tant et si bien que Rickwaert apparaît lui-même comme un personnage de second plan, aux objectifs confus, semblant un peu trop incarner la carte référente de tous les bords politiques.

Ne soyons pas vaches pour autant: dans l’ensemble, Baron Noir reste de la bonne fiction, portée par des comédiens convaincus (donc convaincants), et capable parfois d’offrir d’excellents moments de télévision; en témoigne tout l’arc palpitant autour de Cyril Balzan et de la question de la mixité sociale. L’issue qui lui est réservée laisse augurer une nouvelle et troisième saison mouvementée…dont la chaine serait avisée d’annoncer comme étant la dernière, si elle ne veut pas que sa création originale tombe dans la caricature qu’elle a, jusqu’ici, évité avec droiture.

* Baron noir (2018, France, Canal Plus – Saison 2, 8 épisodes)

Diffusée du 22 janvier au 12 février 2018.
Le site officiel

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