Séries Urgences

Urgences – La meilleure série des années 90 ?

En tous cas, celle qui sort du lot. Celle qui se démarque au cœur d’une décennie télévisuelle qui compte pourtant de brillantes pépites à son actif. Il faut dire que, au début des années 90, pendant que la France propose pêle mêle Hélène et les garçons, Julie Lescaut ou L’instit, outre-Atlantique c’est NYPD Blue, The Practice, Twin Peaks, The X-Files, Friends…voilà voilà.

(c) NBC

Bien sûr, on a déjà énormément disserté sur elle. Toutefois, il est parfois nécessaire de réviser ses classiques car se remémorer Urgences, c’est déjà mettre les points sur les i et les barres sur les t en affirmant qu’elle demeure plus qu’une grande série médicale: une grande série, tout court. Urgences, donc, cest le témoignage de toute une époque. Celle où, en 1994, George Clooney n’était pas encore la star acclamée que l’on connaît aujourd’hui. Celle où les téléphones portables ressemblaient à d’énormes talkies-walkies capables de court-circuiter l’équipement du personnel soignant. Celle où les moniteurs cardiaques possédaient un écran pas plus grand que celui d’un minitel et où, progressivement, on commençait à utiliser la trithérapie pour lutter contre les ravages du SIDA. Certes, on ne passe pas quinze saisons à l’antenne sans perdre quelques plumes au passage. Mais Urgences est exemplaire à tellement de titres qu’il serait pernicieux de l’égratigner pour sa longévité. La sensibilité de son écriture, l’originalité de son ton et l’audace de sa mise en scène ont non seulement marqué à jamais l’histoire des séries mais restent en outre, plus de vingt ans plus tard, des qualités qui continuent d’émouvoir. Et d’étonner. Instantanément. Et quand bien même l’on remet le DVD dans le lecteur pour un nouveau tour de garde…

Ah, ce casting première génération, tous cheveux au vent… (c) NBC

Quinze saisons. Quinze saisons à regarder (presque) tous les dimanches soir sur France 2 un monde composé de dédales, de couloirs regorgeant de lits, de rideaux, et de ce personnel hurlant à qui peut l’entendre un jargon devenant de plus en plus familier. Durant quinze saisons, le Cook County de Chicago fut un lieu symbole où entraient tous les maux du monde, sociaux et médicaux confondus. Quinze saisons durant, on regardait (en première partie de soirée, soulignons-le bien) une série grand public aborder frontalement des thématiques aussi variées que la transsexualité, le port d’armes, la délinquance juvénile, la surdité, la peine de mort, l’avortement, l’euthanasie, la guerre du Golfe, le conflit du Darfour. Dès lors, le monde réel pouvait bien s’écrouler au dehors puisqu’il nous parvenait directement depuis la lucarne de notre écran de télévision.

Initialement destinée au cinéma, Urgences est née de l’expérience personnelle de Michael Crichton en tant qu’interne en médecine. Rédigée en 1974, la première version du scénario est ignorée par tous les studios qui en reçoivent une copie. «Je voulais écrire une histoire inspirée de faits réels. Quelque chose qui ait un rythme rapide et décrive la médecine de façon réaliste. Le scénario sortait des sentiers battus. Il était centré sur les médecins car la réalité d’un service des urgences est simple : les patients défilent à toute allure, mais ne s’attardent pas. Dans ce scénario, les personnages hurlaient des phrases entières de formules et de dosages de médicaments. Les dialogues, très techniques, faisaient penser à un documentaire. […] Cependant, j’ai toujours pensé que cette innovation ne gênerait pas les spectateurs». (1) En effet. Même s’il faudra vingt ans pour que la vision de l’ancien interne (devenu, entretemps l’auteur de best-sellers que l’on sait) puisse se concrétiser, personne n’aurait songé à parier sur une pareille série. Même en ajoutant le nom de John Wells (scénariste et producteur de renom) et celui, excusez du peu, de Steven Spielberg (producteur et réalisateur de renom). Dans l’historique des séries médicales américaines, il n’y avait pas autant d’hémoglobine, d’immersion et d’alternances de points de vue sur une seule et même situation, ou dans une seule journée. Beaucoup diront d’ailleurs qu’Urgences était la série anti-zapping par excellence, ne serait-ce que par l’enchaînement des patients rencontrés sur un même épisode.

Ne vous habituez pas trop à ce médecin à la blouse bleu: il change de métier pour faire l’acteur au cinéma. (c) NBC

Personne n’aurait parié et, pourtant, tout le monde suit. Aux États-Unis, c’est un carton. Un triomphe public et critique qui suscite des vocations. En France, parallèlement à The X-Files qui fait les beaux jours de M6, Urgences obtient un succès d’audience exponentiel tel que le plus réfractaire aux séries (par a priori ou par mépris intellectuel) se découvre une nouvelle passion. « Ah, mais en fait, cela a du bon les séries » se dira sans doute le directeur des programmes de France 2, se réjouissant qu’Urgences détrône enfin l’indéboulonnable film de TF1.

Mais la réelle force d’Urgences, celle qui explique en partie sa longévité, est l’équilibre entre tous les résidents du Cook County. De Mark Greene à John Carter, de Susan Lewis à Peter Benton, de Carol Hathaway à Doug Ross – même si, à l’époque, il fut beaucoup fait mention du charme de son interprète, George Clooney –, la série s’est toujours appliquée à répartir les rôles sans laisser l’un de ses protagonistes tirer la couverture à son compte, en insistant tout autant sur leur psychologie que sur l’importance de leur lieu de travail. Michael Crichton considérait Urgences comme une série sur les soignants, et non sur les patients. Ce qui ne les empêchait pas d’aller et de venir, comme dans la vraie vie. Ainsi, alors que beaucoup pensaient que la série ne survivrait pas au départ de Clooney, elle ne cessa de démontrer par la suite que l’on pouvait aussi s’attacher à de nouveaux visages (Anna Del Amico, Lucy Knight, Luka Kovac, Abby Lockhart etc.) sans perdre de vue l’extraordinaire portée humaniste de son récit. Même John Carter, présent depuis les tout débuts, finit par quitter l’endroit qui l’a vu apprendre, grandir, s’émanciper, se révéler; parce que l’on commence la série avec lui, le spectateur y perdra fatalement au change par la suite. Qu’importe. Et même si l’on chérit (évidemment, et au plus haut) le casting de la première génération, le Cook County garda intacte cette dimension symbolique qui en fit un rempart contre le chaos extérieur, restant ouvert en dépit de toutes les difficultés qui lui tombèrent dessus. Sans en revenir à son tout premier plan, la conclusion d’Urgences est en parfaite adéquation avec elle-même: tant qu’il y aura des accidents, des personnes malades et des soignants pour y veiller, il y aura des spectateurs admiratifs pour accompagner ce beau monde qui, à son échelle, tente de réparer ce qu’il peut avec ce qu’il a. D’aucun diront que c’est une philosophie comme une autre. Certes, mais quelle leçon. D’autres s’empresseront d’ajouter également qu’elle s’écoute et se regarde sans démagogie. Et que, de fait, cela fait de cette œuvre phare l’une des meilleures expériences télévisuelles qu’il nous ait été donné de voir.

(c) NBC

Urgences (NBC, 15 saisons, 331 épisodes – 1994/2009)

Série américaine créée par Michael Crichton. Intégrale disponible en DVD depuis 2010 chez Warner Home Video.

Saison 1: *****
Saisons 2 à 5: ****
Saisons 6 à 9: ***
Saisons 10 à 15: *

Le site officiel

(1): Propos issu du livre (fortement recommandable pour les plus curieux) Urgences, le guide officiel par Janine Pourroy, p. 14 (éd. La Martingale, 1997).

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