I’m dying up here – L’endurance de tenir debout

Excellente surprise diffusée en toute discrétion au début du mois de juin sur la chaîne Showtime, I’m dying up here est l’adaptation du roman éponyme de William Knoedelseder, journaliste d’investigation qui, à l’époque de la rédaction de son ouvrage, s’était intéressé à l’émergence de toute une nouvelle vague d’artistes de stand up tels que – excusez du peu- Lester Bruce, Andy Kaufman, Jay Leno, Robin Williams ou David Letterman, qui se produisaient dans les comedy club. A l’heure où la télévision propose majoritairement des séries autocentrées sur d’anciennes stars du milieu (Louie, Master of None, Baskets, Crashing), la fiction développée par Dave Flebotte et soutenue par Jim Carrey remet quelque peu les pendules à l’heure en faisant la part belle à un esprit de troupe particulièrement réjouissant. En effet, par son immersion dans les coulisses du spectacle et son ensemble cast à la langue bien pendue, la série de Showtime fait initialement penser à ses débuts à l’excellente Studio 60 on Sunset Strip. Si l’on a vu bien pire comme comparaison, I’m dying up here trouve vite sa voie en revenant à ce qui fait l’unanimité chez tous les protagonistes, à savoir cette urgence existentielle de monter sur scène. Car ne pas y être, ou ne plus y être, c’est ne pas exister vraiment.

(c) Showtime

Stand up. Tenir debout donc. Une formule devenue un art à part entière du milieu artistique, et qui se définit sur une notion de l’équilibre se traduisant par des accessoires très précis : une estrade, un micro et un projecteur. L’objectif ? Faire rire, évidemment, au fil d’un monologue dont la cadence, le rythme, les regards lancés, les pauses et les nuances font partie d’un seul et même élan funambule, on ne peut plus périlleux, et où l’on est susceptible de trébucher à tout instant si l’on ne garde pas à l’esprit la raison de notre présence sur scène. Devant un public capable de rire à gorge déployée mais également de demeurer silencieux, gêné face à une blague qui n’aurait pas fait mouche, la beauté du comédien de stand up repose là : sur cette remise en question permanente de l’empathie pour celui qui mouille sa chemise sous les lumières et qui tente de gagner, par l’intermédiaire de l’autodérision et tout en se mettant à nu, un semblant d’affection. C’est ce que saisit parfaitement au vol la série de Flebotte, entre deux scènes dans lesquels l’on voit chacun des personnages dans leur vie « parallèle » intime et professionnelle; la plupart d’entre eux n’étant pas payés et devant bien évidemment lutter pour arrondir les fins de mois. Avec une tendresse égale et paritaire, I’m dying up here croque amoureusement cette bande de trublions agitant les planches du Goldie’s, comedy club de Los Angeles en vogue tenu par Goldie (eh oui, cela ne s’invente pas), merveilleusement incarnée ici par l’unique Melissa Leo. Le rythme quotidien totalement déséquilibré de ces gens – ne vivant que pour atteindre un seul objectif, c’est-à-dire dégotter un passage au Tonight Show, est précisément équilibré par l’espoir, et la ressource nécessaire pour entretenir cet espoir, de se faire remarquer. De se faire entendre par une audience de plus de trente millions de téléspectateurs. Et, avec un peu de chance et beaucoup de talent, la reconnaissance et la gloire à la clé.

(c) Showtime

En plus d’une écriture qui fait mouche (on ne fait pas, on ne peut pas produire une pareille série sans posséder un sens de l’humour et une répartie qui tuent), l’endurance de ce véritable labeur qu’est le rodage de son acting sur scène se pare d’un discours social au sujet de la place des femmes et des minorités ethniques à obtenir le même niveau d’attention que leurs pairs. Certes, nombreuses ont été les productions artistiques à dépeindre le milieu du showbiz comme un terrain de compétition où la morale pourrait être mangé ou être mangé. Loin de l’ignorer, la série de Flebotte en fait régulièrement la mention, et choisit de l’exprimer avec l’arme dont se sert la majorité de la distribution: avec humour et beaucoup de pudeur. De fait, lorsque Cassie, Adam ou Eddie viennent mouiller leur chemise sur scène, sous la lumière pesante et hurlante du projecteur qui les intronise, c’est comme si vous montiez avec eux. Et lorsque le public rit de bon cœur, vous poussez un soupir de soulagement. Vous vous surprenez même à penser à eux une fois l’épisode terminé. Vous n’avez qu’une hâte, c’est de les retrouver. Pas seulement parce qu’ils font rire mais parce que, quelque part, leur besoin de reconnaissance ressemble un peu au vôtre. Ce qui, amis lecteurs, parachève cette série d’être parmi la plus attachante de ces dernières années.

(c) Showtime

* * * I’m dying up here (Showtime/ USA, 2017- 1 saison, 10 épisodes, toujours en production)

Disponible en replay sur MyCanal. La saison 2 débute le 6 mai prochain.

Le site officiel

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