L'épisode où Séries The Americans

The Americans (6.1) – Dead Hand

L’épisode où Elisabeth ferait bien d’aller dormir avant qu’il ne soit trop tard…

Waow. Quel retour ! Quel retour mes amis ! On ne va pas se mentir : malgré toutes les qualités déjà évoquées au sujet de The Americans (et celles dont que l’on a probablement occulté), les season premiere ne sont en général pas le point fort du show. Or, ici, ce n’est pas le cas. Du tout. S’il nous est évidemment impossible de prédire – au stade de ce premier épisode- quelle sera la conclusion de The Americans, disons seulement que son prologue donne une couleur assez morose du jeu qui va se distribuer entre tous les personnages. À commencer par les Jennings eux-mêmes qui, désormais, ne font désormais que se croiser avant d’aller se coucher; Elizabeth étant trop harassée pour parler depuis que son mari a décidé de lever le pied. Si, d’ailleurs, en cette année 1987, Philip s’accommode très bien d’embrasser le rêve américain de son côté (1), c’est une Elizabeth fragile, prête à s’écrouler et qui ne tient que par le miracle d’une énième cigarette, que l’on retrouve à grand renfort de scènes mutiques poignantes. De fait, le choix d’avoir effectué une nouvelle ellipse temporelle se justifierait presque ainsi : la fin d’une décennie et la possible fin d’un couple qui, dans tous les cas, effectue ses adieux à la télévision. C’est effectué avec une malice imparable tant les éléments permettant de dater un contexte historique chargé (2) sont assénés par le biais d’objets du quotidien, une date attrapée du regard sur un coin de calendrier, des affiches de cinéma…

Tandis que la saison a été raccourcie (dix épisodes contre les treize habituels) et que ce season premiere bénéficie d’une durée augmentée (cinquante et quelques brouettes de minutes), Joel Fields et Joe Weisberg parviennent à poser admirablement les derniers jalons, tous incroyablement prometteurs, sans que notre attention soit détournée vers ce qui se passerait par notre fenêtre. Soit, entre autres:

-Philip va-t-il devoir espionner sa femme ? Hmm, c’est parti pour.
-Elisabeth va-t-elle, comme elle le prédisait avec Tuan lors de la saison précédente, commettre un faux pas irréversible dans son activité d’espion en solo ? Hmm, c’est parti pour aussi.
-Au vu des circonstances, Philip et Elisabeth vont-ils se séparer ? Hmm, c’est parti pour. Mais espérons que non.
-Sam est-il réellement espionné par sa nouvelle petite amie ? (3) Hmm, c’est déjà parti pour.

Il y a donc énormément d’éléments mis en place, évidemment teintés d’ironie tragique en regard du caractère funèbre du titre de ce premier épisode. L’aspect que j’ai trouvé le plus intéressant, dans la manière d’aborder et d’orchestrer le tout, est de l’avoir fait avec une bande son de premier choix. Plus, largement plus que de coutume; la musique étant utilisée avec force parcimonie dans la série. On notera à ce sujet que les producteurs ont décidément un faible pour Peter Gabriel qui, après Game without frontiers et Lay your hands on me (les deux titres que je cite de mémoire), est de nouveau utilisé ; non content de posséder un titre évocateur qui renvoie au lien que je tisse entre la série et En un combat douteux de Steinbeck, We do what we’re told intervient dans une scène sourde, cruciale concernant la psychologie d’Elizabeth. Elizabeth donc, celle au cœur de cet épisode, est une fois de plus merveilleusement incarnée par une Keri Russell sans fards, soudainement vieillie, fatiguée, usée et dépassée par toutes ces responsabilités qu’elle ne peut- et c’est évident vu le dernier plan coup de poing – et ne pourra pas gérer seule.

Non, ce n’est pas le dernier plan de l’épisode. Mais Elisabeth ne va pas bien, j’vous le dis (c) FX

Dead Hand amorce donc bien des choses en cohérence avec le sous-texte émotionnel de la série elle-même mais c’est l’isolement progressif dont Elisabeth commence à faire dangereusement preuve qui retient l’attention du spectateur. Ce n’est pas de la solitude mais bel et bien un repli à l’intérieur d’un univers qu’elle a, certes, toujours soutenu mais qui la détruit. « Cela t’atteint enfin. » dira Philip dans ce qui sera l’unique scène d’échange entre les deux individus. Disons-le encore: Keri Russell fait énormément avec peu, voire pas du tout de lignes de dialogue, et fascine autant qu’elle émeut. A elle-seule, sa performance est l’une des plus fortes qu’elle nous ait donnée. Le fait qu’il reste neuf épisodes laisse pour le moins songeur à ce sujet.

Des choses en vrac et en plus que j’ai beaucoup apprécié :

+ : Enfin, la rencontre entre Oleg et Philip qui pose sur un banc la problématique majeure de la saison et l’ultimatum qui s’en suit.
++ : La seule scène « réelle » de conversation qu’ont Philip et Elizabeth en fin d’épisode est incroyable. Si besoin était de prouver, ou de rappeler l’alchimie existante entre les deux acteurs, il n’y a qu’à la revoir pour s’en assurer.
+ : L’utilisation de Don’t dream it’s over des Crowded House pour inaugurer le début de la fin. C’était bien. C’était judicieux. C’était un vrai pied de nez. Un clin d’œil à Don’t stop believin’ de Journey peut-être ?

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

NB:  (1) Désormais agent de voyage à plein temps, Philip mène bon train: il se dote d’une belle voiture avec toit ouvrant, d’un autoradio, chouchoute ses employés. Il danse même sur de la country le bougre.
(2) L’enjeu politique de cette saison étant a) les tractations officieuses avant le traité entre les USA et l’URSS sur la limitation des essais nucléaires b) la création d’un mouvement disons dissident à l’intérieur du KGB.
(3) Il est d’ailleurs toujours chouette de retrouver Laurie « Marita Covarrubias » Holden à l’écran.

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