The Americans (6.2) – Tchaikovsky

L’épisode où il ne fait pas bon se promener la nuit dans le parc…

Honnêtement ? Ce fut un épisode bizarre. Ni raté – il ne faut pas plaisanter, The Americans ne rate jamais un épisode, un épisode de The Americans est simplement un tantinet moins bon que la moyenne- mais ni passionnant non plus. Sur le moment seulement, car ensuite, comme un bon vin, il suffit de laisser décanter pour que les saveurs ressurgissent. À bien des égards, Tchaikovsky se présente donc comme un appendice, une sorte de Dead Hand extended avec un Director’s cut en bonne et due forme, dans le sens où il ne fait que prolonger (et de quelques tout petits centimètres cube) le nouveau décor déjà brillamment planté par le season premiere. Nous sommes toujours en octobre 1987, Elizabeth fume toujours autant sur le perron du jardin, Paige est davantage à l’aise pour théoriser sur sa nouvelle activité d’espionne que la pratiquer avec succès sur le terrain, et Philip s’investit trop dans son métier pour pallier l’absence, et l’éloignement, de sa femme ; ce qui fait que la perte d’un client régulier depuis quinze ans est un coup dur dont il se serait volontiers fichu autrefois. Car c’est une autre ère que les Jennings traversent désormais. Une ère où d’autres frontières se tracent et à l’intérieur desquelles d’autres liens se tissent. Une ère où Reagan semble devenir sénile, où l’on invite Gorbatchev à passer des vacances au lac et où la Guerre Froide est sur le point d’être remisée aux archives. Bref, c’est une ère de transition. Et, dans ce contexte, la partie la plus intéressante de cet épisode demeure sans doute la thématique de la filiation, de l’héritage et de ce que l’on laisse derrière soi. De là à lire une métaphore sur la prochaine fin de la série elle-même, il n’y a évidemment qu’un saut de puce à accomplir…

Claudia: Tu connais Tchaikovski ?
Paige: Mon Dieu…
Elizabeth: Elle n’est guère fan de musique classique.
Paige: Casse-noisettes, c’est lui ?
Elizabeth: Oui. Je t’avais emmenée voir le ballet lorsque tu étais petite.
Claudia: C’est l’un des plus grands compositeurs russes. Sa mère est morte quand il était très jeune. Il a vécu dans une grande solitude.

Tu vois Elizabeth ? Allez, un câlin et tout va mieux… (c) FX

Car, comme d’habitude, The Americans glisse subtilement bien des choses sous un calme apparent et anodin. Impossible de ne pas entendre, dans cette anecdote relatée par Claudia, un avertissement qui sera utilisé par deux fois dans cet épisode, c’est-à-dire dans la scène de la cafétéria et dans la scène finale. Elizabeth a toujours été une personne consciencieuse dans son travail, capable de faire preuve d’un sang-froid à tout épreuve par rapport, disons, à un Philip nettement plus rongé par les remords et le questionnement éthique. Elizabeth accomplit ce qu’on lui dit d’accomplir. Sans poser de questions, et peu importe même le degré de danger auquel elle s’expose doublement ici. Le parallèle avec le compositeur russe se lit volontairement dans ce sens, au moment où – sans le vouloir- Elizabeth joue de plus en plus avec le feu tout en passant le relais à Paige. Pour la première fois peut-être, elle verbalise à Claudia la possibilité d’un avenir où elle ne sera plus et où Claudia devra veiller sur sa fille.

C’est une scène qui devrait être émouvante mais qui met en relief ce que j’écrivais quelques lignes plus haut: Elizabeth ne fait pas dans l’émotion mais dans la rationalité. Cela saute d’autant plus aux yeux que, avec le sommet entre les USA et l’URSS sur la limitation des armes nucléaires en ligne de mire, Elizabeth se fait passer pour une infirmière s’occupant de la femme mourante de l’un des principaux négociateurs du traité: Glenn Haskard. Et qu’il y a, dans cet épisode, entre les deux personnages, un échange avec Glenn au sujet de sa femme mourante et sur une fin de vie en toute dignité. Lui propose-t-elle de bon cœur, par pure empathie, parce que sa femme souffre ou pour servir les propres besoins de sa mission ? Personnellement, j’ai envie de pencher sur la première option. Uniquement parce que je ne souhaite qu’une seule chose depuis le début de cette saison: qu’Elizabeth lâche tout. Qu’elle rentre chez elle, qu’elle arrête la cigarette, qu’elle arrête de faire prendre à sa fille une direction qui ne lui correspond pas du tout et, surtout, qu’elle aille se réfugier dans les bras d’un Philip qui n’attend que cela. Parce qu’au vu de l’état de ses lunettes à la fin de l’épisode, rien de bon ne peut survenir de ce qui se déroule…

 

Des choses en vrac et en plus que j’ai beaucoup apprécié :

– Je n’ai pas parlé la semaine dernière des créations de Madame Haskard. Ses visages troubles (troublés, troublant) esquissés en noir et blanc au fusain sont très beaux. Très saisissants par leurs aspects délavés. Ils confèrent un supplément de tristesse et de mélancolie à une série déjà bien imprégnée à ce niveau.

– J’adore Stan. Stan est l’un des personnages qui a probablement le plus évolué et qui en devient l’un des plus touchants. Le voir remettre en question son système de valeurs au sein de son boulot (qui ne lui a guère apporté que des problèmes – divorce, peine, doutes…) et buter contre les problèmes matrimoniaux de Sophia nous amène forcément à repenser à son ancienne et turbulente vie de couple. C’en devient presque comique.

– C’est la deuxième fois qu’on a le droit à une scène au jardin. Et je ne sais pas pourquoi mais je repense à celui des Soprano, près de la piscine. Ce doit être la lumière sans doute: cette lumière froide du matin que l’on voyait si souvent dans la série de David Chase lorsque Tony allait chercher son journal.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

 

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