Dawson – Prochain arrêt: Capeside

À la fin du mois de mars dernier, Entertainment Weekly a accompli le rêve de nombreux gosses  de beaucoup d’ados: réunir (presque *) tout le cast de Dawson’s Creek vingt ans après la diffusion de son pilote. Évidemment, tout en pointant intérieurement les stigmates du temps imprimées sur ce beau monde, mon petit cœur tendre a fondu en voyant cela. Et, en dépit de la dizaine de séries que je dois suivre en ce moment-nonobstant celles que je dois également débuter- je ne me suis pas privé de me refaire un visionnage express de la série créée par Kevin Williamson, en privilégiant particulièrement la première saison dont j’avais un souvenir relativement lointain. Vous voulez que je vous dise ? Dès le pilote, tout y est. Tout est là: le romantisme, la tendresse, la modestie, la nostalgie, l’envie de rêver. J’avais une appréhension envers une série marquante de mon adolescence, c’en est presque meilleur adulte.

(c) WB

Mais revenons en arrière. J’ai découvert Dawson au hasard d’un après-midi pluvieux, lorsque le show revenait à l’antenne  pour sa quatrième et excellente saison. J’avais 17 ans, soit 17 ans de moins qu’aujourd’hui. Je ne connaissais rien de la série, hormis peut-être deux-trois détails que j’avais dû glaner lors d’une conversation avec mes amis d’alors. Mais rien de concret. Pour moi qui regardais des séries depuis mon enfance, le simple fait qu’elle soit diffusée sur TF1 n’augurait rien de bon. Comme quoi, s’il n’y a aucun âge pour avoir des préjugés, il n’est jamais tard pour revenir dessus.

Je n’étais donc ni familier de l’appétence cinématographique de Dawson envers Steven Spielberg, ni connaisseur de l’historique chargé au cœur du triangle amoureux que formaient Pacey, Joey et Dawson, ni le sens aigu des réparties et des dialogues délectables que se renvoyaient les personnages. Pourtant, dès mon entrée, j’ai été séduit. Séduit, charmé par cette manière de ne jamais prendre l’adolescent que j’étais pour un idiot. La bande de Capeside étaient des amis, des amis fantasmés, et je les aimais d’autant plus que je les voyais réaliser à l’écran d’une meilleure façon des problématiques qui, à l’époque, étaient miennes: se trouver, s’avouer, réussir sa scolarité, soigner ses camarades, les soutenir, dire (quitte à se prendre un râteau) à la fille que l’on aime qu’on l’aime, et tenter de garder la tête haute malgré le spleen qui essaie toujours de nous faire boire la tasse de la mélancolie. C’était fabuleux. Tellement qu’à la première rediffusion programmée, je me suis refait l’intégrale de la série avant que ne commencent les deux dernières saisons, doublement dispensables puisque tout ce beau monde avait quitté le lycée. Parce que c’était cela, aussi, Dawson: une œuvre accompagnant ma scolarité de lycée jusqu’à sa fin. Jusqu’au départ, jusqu’à ce moment d’adieu où chacun se sépare pour suivre une route qui n’en finira plus de nous éloigner les uns des autres.

Qu’on soit, ici, ensemble, ou dans le cœur de chacun, n’oubliez pas de penser les uns aux autres. Et j’espère sincèrement que, où que vous alliez, vous emporterez un peu de Capeside avec vous.

Joey Potter, La lauréate (saison 4, épisode 22)

Par contre, franchement, avoir remplacé « I don’t want to wait » par une chanson qui s’intitule « Run like mad », ça mérite presque un procès. (c) WB

Je n’ai jamais pris de barque pour traverser les criques. Mais j’ai également grandi dans une cité modeste, bordée par des montagnes au vert crépu, traversée par des cours d’eau qui descendaient silencieusement au creux des sillons et des prés où les sapins étaient rois. Mon cadre géographique à moi étant davantage rugueux, sec et froid, la neige tombant en pagaille lorsque ce n’était la pluie, cela ne m’empêchait pas de considérer Capeside comme une ville étrangement familière, dans laquelle je pouvais arpenter les rues comme si j’y habitais moi-même. Pour la première fois, le téléspectateur que j’étais voyait des jeunes gens qui n’évoluaient pas dans de grandes mégalopoles immenses, immensément éloignées et immensément riches, mais qui vivaient dans un environnement tout aussi humble que ne pouvait l’être ma petite ville.

Cela m’a rendu Dawson d’autant plus précieux. Ce qui est d’autant plus étrange car chacun des personnages de la série est mu par une irrépressible envie de partir. De quitter les rivages d’une bourgade devenue trop étroite pour leurs beaux discours et leurs grands coeurs. Devenir cuisinier, réalisateur, entreprendre des études…devenir adulte, en somme. Il y a pourtant dans la série l’empreinte essentielle, invisible mais tenace, de la mémoire de Capeside qui subsiste au fil des deux dernières saisons. Une mémoire qui ne se résume pas uniquement à une mémoire de cinéphile; même si, dans ce cas, Dawson se fait la garante d’une Hollywood qui cite pêle-mêle, et avec la même affection, Frank Capra, Gary Cooper, Deborah Karr, Cameron Crowe, John Hughes, Billy Wilder, Usual Suspects, François Truffaut… Autant de références citées que la vie « fictive » à Capeside s’efforce de reproduire. À moins que cela ne soit évidemment l’inverse. Le parcours artistique de Dawson le montre clairement; l’adepte de Spielberg cherchant à reproduire sur pellicule (d’abord au cinéma puis à la télévision) chaque étape cruciale de son adolescence. Sans se l’avouer réellement, les personnages restent prisonniers d’un passé qui n’existe pourtant plus que sur photo. Bien sûr, cela ne les empêche pas d’être devenus des adultes accomplis et de se retrouver avec un plaisir dont on se demande si, pour certains, il n’est pas feint. Mais il y a, chez chacun, ce petit quelque chose qui reste. Ce sentiment triste d’avoir laissé une part de son âme mourir derrière soi sans réellement avoir réussi son deuil. En réalité, avant même qu’elle ne s’achève, Dawson était déjà hanté par le besoin de mémoire et de se souvenir des belles choses. De se souvenir qu’on a été, autrefois, il n’y a pas si longtemps, ensemble. Complices. Là. Comme elle, je me souviens. Comme les personnages, je suis hanté par Capeside. J’y suis déjà allé, j’y retournerai. Parce que c’est chez moi. Pour toujours…

*: Eh oui, il manquait Mitch (John « Flash !!! » Wesley Ship) et Gail Leery (Mary-Margarett Humes). Et je ne parle même pas de Bessie et de Bodie. À la place, en revanche, on a eu Busy Philipps. Busy. Philipps.

Dawson (Dawson’s Creek, WB, USA, 1998-2003- 6 saisons, 128 épisodes).

Série américaine créée par Kevin Williamson et diffusée sur The WB.
Intégrale disponible en DVD depuis le 25 octobre 2012 et sur Prime Video.

(c) photos: EW/ WB/CW/Sony Pictures

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