Séries The 100

The 100 – Choisir. Ou choisir. Et renoncer.

The 100 est une série intrigante. Proprement intrigante. Il faut du temps pour le reconnaitre. Et il faut reconnaitre que lui accorder du temps n’est pas une chose aisée, tant elle accumule à ses débuts des handicaps si lourds qu’ils feraient fuir le premier tenace venu s’ennuyer devant son écran un jour de pluie.

(c) CW

À ses débuts donc, The 100 n’a quasiment rien pour elle : une distribution tout droit sortie d’un catalogue de mannequinat, un gloubi-boulga grossier de plusieurs récits survivalistes (Hunger Games, The Walking Dead pour ne citer qu’eux) destiné à plaire aux adolescents – qui voudraient tuer le temps en dehors de Snapchat ou What’s app – et un point de départ dystopique non seulement très commun mais oh combien risible. Rappel des faits : la Troisième Guerre Mondiale a eu lieu, les survivants se sont réfugiés dans l’Espace et, des décennies et des décennies et des décennies plus tard, les adultes décident un beau jour d’envoyer 100 adolescents « criminels » sur Terre pour s’assurer que le sol est à nouveau viable. Voilà voilà. Parce que, oui, attention attention, les 100 découvrent que, non, ils ne sont pas seuls…

Z’avez vu comme ils sont beaux, propres et tout souriants ? Cela ne va pas durer… (c) CW

En l’espace de quatre saisons, The 100 devient un show solide, efficace, que l’on regarde d’un œil soit curieux, soit poli, soit captivé. Rarement indifférent.

Vous souriez ? Vous ne devriez pas en fait. Parce que, passés les premiers épisodes où l’on a l’impression de voir un Lost du pauvre, The 100 devient davantage intéressante sur le fond que sur, il faut le reconnaitre, sur sa forme assez quelconque. Intéressante car elle va se débarrasser de ses oripeaux de série pour adolescents. D’abord un peu, ensuite carrément. En l’espace de quatre saisons, The 100 devient un show solide, efficace, que l’on regarde d’un œil soit curieux, soit poli, soit captivé. Rarement indifférent. Intrigué, encore une fois, et pour reprendre l’adjectif de ma première phrase. Un show où le conflit entre les hommes est une dynamique constante et où les tentatives de pacification un labeur d’une endurance folle. Il est énormément question de guerre dans The 100. De peuple à défendre, de tribus à conquérir ou dont la confiance doit être gagnée, de respect, de loyauté volatile et d’endurance. D’endurance à maintenir tant bien que mal une paix qui, à chaque fois, doit durer l’espace d’un ou deux épisodes avant l’apparition d’un nouvel élément mettant à mal tout l’effort de construction jusqu’ici assemblé. Dans le sang et la sueur. Les personnages de The 100 (ados et adultes) ne chôment pas. Dorment peu. Se blessent beaucoup. Tuent énormément, le plus souvent au détriment d’eux-mêmes. Travaillent et se battent d’arrache-pied au cœur d’intrigues qui se regroupent souvent de manière étonnante. C’est parfois volontairement outrancier, porté par des dialogues un peu lapidaires mais c’est souvent assez addictif. Car on y revient vers The 100. Tout le temps. Vers ce mélange rétropunk qui, entre un échange et un dialecte (oui oui, il y a un dialecte totalement original dans The 100), dessine dans le décor narratif une carte à la géopolitique aussi cohérente qu’un Game of Thrones. Et qui aborde pêle-mêle la question de la foi, du culte, des limites de la technologie ou de l’impact environnemental sous des angles souvent malins…

Z’avez vu comme ils sont…eh ben comment ils sont maintenant ? (c) CW

Vous souriez toujours ? Vous ne devriez toujours pas. Parce que The 100 a beau être diffusé sur la CW (oui, cette même chaine dont l’adolescent est le public cible, et alors ?), Jason Rothenberg et son équipe de scénaristes font la part belle à des personnages (notamment féminins) dont le poids des actes sont au centre de la narration. Dans The 100, pas ou peu de grands discours. Mais des décisions. Des choix. D’une terrible responsabilité. D’une effroyable violence. D’un pessimisme absolu. D’une ambiguïté permanente. Si vous souriez encore à l’issue de cet article, c’est parce que vous aussi, comme moi avant d’entendre les louanges chantées par d’autres plumes bien plus avisées que la mienne, vous êtes encore sceptiques à l’idée de vous engager devant cette série. Ce serait dommage. Vous passeriez à côté du réel point fort de The 100, de ce refus de présenter des personnages comme des héros. Ou des anti-héros. Dans The 100, il n’y a pas de héros. Il n’y a pas de soleil couchant sur des victoires nobles. Le seul espoir qui subsiste, c’est de se rassurer d’avoir vécu un jour de plus. Quoiqu’en disent les apparences, The 100, c’est l’apologie du gris. Du trouble et des turbulences. De toutes ces teintes obscures qui vous collent spontanément à la peau au sortir de l’enfance et qui vous laissent seul, sur le terrain d’une réalité souvent cauchemardesque, prisonnier de votre carcasse d’adulte.

The 100 (CW, 4 saisons, 58 épisodes- 2014/ en cours de production)

Série télévisée américaine créée par Jason Rothenberg, d’après les romans de Kass Morgan.

Saison 1: *
Saison 2: **
Saison 3: **
Saison 4: ***

Disponible sur Netflix. La 5ème saison est diffusée à partir du 24 avril 2018.

Le site officiel de la série

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