L'épisode où Séries The Americans

The Americans (6.5) – The Great Patriotic War

L’épisode où Philip rend service à Elizabeth avant de prendre ses distances à l’intérieur d’une cabine téléphonique…

De semaine en semaine, là où je guette la répétition de cet exercice critique, The Americans ne cesse de me rappeler à quel point elle demeure plus, bien plus qu’une grande série et pourquoi je l’aime tant. Parce que c’est une œuvre déstabilisante. D’une intelligence qui n’a d’égale que la finesse avec laquelle elle traite ses personnages, et qui nivelle à l’identique exigence ses instants sensibles et ses moments de tension. Car bon sang, quel épisode. Quel épisode. Si jamais un jour quelqu’un a l’idée (saugrenue… donc je m’y emploierais volontiers tiens) de lister les meilleurs opus de The Americans, nul doute que The Great Patriotic War y figurera. Et dans le peloton de tête, largement. Porté par une écriture funambule aussi adroite que périlleuse, doté d’une mise en scène au ciselé parfait (signée de Thomas Schlamme, ce fin artisan de la télévision déjà à pied d’œuvre dans Urgences, À la Maison Blanche ou Studio 60 on Sunset Strip), The Great Patriotic War est un épisode mémorable dont la place au coeur de la saison possède une résonance qui aura, indubitablement, un écho retentissant une fois la série achevée. Psychologiquement dérangeant, il est certainement ce que la série de Joel Fields et Joe Weinsberg a produit de plus éprouvant à ce jour, les épisodes 3.9 (Les Androides rêvent-ils de moutons électriques ?) et 5.11 (Dyatkovo) compris, tant l’ensemble des scènes vous font traverser un prisme émotionnel tel que c’en est presque indécent pour un seul morceau. En résumé ? The Great Patriotic War incarne non seulement un tournant capital dans le récit de The Americans mais il constitue à lui seul un formidable moment de télévision. De ceux qui vous marquent une vie de spectateur. Et qui vous laissent pantois, KO debout, une fois le générique de fin amorcé.

Nous sommes donc à la mi- saison d’une sixième année sans AUCUNE fausse note et, étonnamment, il aura fallu tout ce temps pour que Philip, ce personnage largement dépeint comme étant celui qui doutait le plus de ses actions, ou du moins comme étant celui qui les remettait durement en question, franchisse le Rubicon. Enfin. On le savait tourmenté par l’ambiguïté et les conséquences souvent désastreuses de ses actions sur le destin des personnes approchées dans le cadre de ses missions, on ne s’attendait plus à ce qu’il fasse définitivement le pas de côté. Ou qu’il le fasse de cette manière ci. Et pourtant quelle cohérence, quelle trajectoire et quel parcours pour en arriver là, dans l’étroitesse de cette cabine téléphonique où il n’a jamais paru aussi libre. Libéré de ses doutes, affranchi non pas de ses convictions mais d’une loyauté trop mal exploitée, y compris par sa propre femme. Il a beaucoup été question de Keri Russell dans mes derniers billets mais, il fallait le rappeler, Matthew Rhys interprète à la perfection ce personnage brisé par ses propres remords et sa conscience à fleur de peau. La scénariste Hilary Bettis, en plus de livrer un scénario d’une dramaturgie explosive, offre à l’acteur et au personnage le rôle de toute une vie.

-Claudia: Tu crois sûrement que les Américains ont vaincu les Nazis en Normandie. En réalité les Allemands ont perdu la guerre grâce à la bataille de Stalingrad. C’est l’Armée Rouge qui a presque anéanti Hitler. Sais-tu combien d’Américains ont péri pendant la guerre ?
-Paige: Pas vraiment.
-Claudia: 400 000. Nous en avons perdu 27 millions.

Et alors ? Et alors Claudia ? Faut-il s’enorgueillir pour autant ? Ces données doivent-elles vraiment provoquer le courroux et la vengeance au point d’en oublier son âme ? Pauvre Paige, en plus d’être instrumentalisée par sa propre mère – au point, évidemment, de ne même plus s’en rendre compte- sa crédulité et sa stupeur mettent parfaitement en relief l’ironie douteuse de l’engagement des Jennings. Peu importe le nombre de morts, peu importe le pays qui a le plus souffert ou celui qui est sorti victorieux de n’importe quel conflit (fut-ce le plus meurtrier de l’Histoire), il n’y a aucun honneur à en tirer dans les deux cas.  Ainsi, on ne peut justifier la manipulation, le mensonge, la corruption, la trahison, le meurtre de sang-froid ou le sacrifice individuel pour l’intérêt du Bien Commun. En tous cas, sans en être profondément affecté. À l’instar de Philip qui atteint ici le point de non-retour, après deux parties de jambe en l’air dont une dont il se serait volontiers dispensé.

On savait, si besoin était, que les Jennings usaient du sexe pour atteindre leurs objectifs. On ne se serait jamais douté qu’Elizabeth en fasse la pratique sur son mari dévoué; la scène en devient d’autant plus bouleversante que la frontière d’une réconciliation impossible est désormais franchie. Quant à celle avec Kimmy, elle dérange au-delà de la question du détournement de mineur: elle ébranle non seulement parce que l’on est voyeur d’une situation intimiste amorale et parce que… eh bien parce que c’est Philip. Philip, l’homme pour qui l’empathie est essentielle. Innée. Et qui assène, après un long silence, à une Elizabeth prête à envoyer une fille de l’âge de Paige en prison: « Ce n’est qu’une gamine. »

Des choses en vrac et en plus que j’ai beaucoup apprécié :

– La scène où Elizabeth tue coup sur coup Gennadi et Sofya. En plus d’être une extrême froideur, il y a une retenue et une distance cinématographique terriblement exécutée, l’acmé de la scène étant la découverte d’Elizabeth d’une troisième personne: Ilya, sept ans, endormi devant la télévision.
– Le regard de Stan, effondré, dévasté, à l’approche de l’immeuble où la tuerie a eu lieu, face au gamin qui passe devant lui.
– L’échange entre Stan et Philip sur ce même sujet. C’est à la fois effroyable et particulièrement émouvant de scruter les traits et la réaction sur le visage de Philip. Bon sang, quel épisode. Quel épisode.
– J’ai cru lire et comprendre sur les Internets qu’Elizabeth en était à neuf morts depuis le début de la saison. On tient les comptes que l’on peut.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

0 comments on “The Americans (6.5) – The Great Patriotic War

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :