L'épisode où Séries The Americans

The Americans (6.7) – Harvest

L’épisode où Philip aurait du rester à la maison et dans lequel Henry aurait mieux fait de ne rien dire à Stan.

Harvest (nom féminin) : moisson/album de Neil Young/nom de code d’un agent russe qui aurait mieux fait de fermer sa bouche.

Mazette. Lorsque l’on se demande comment The Americans peut faire encore mieux, voilà que les scénaristes vous en rajoutent une couche, l’air de rien, sans tomber dans la surenchère ou dans l’expression étincelante de leurs talents. Pourtant cela l’est : étincelant. Étincelant d’intelligence, de tension, de violence et de dureté…et d’émotion. Honnêtement, c’en devient presque étourdissant de voir à quel point cette dernière saison atteint chaque semaine des sommets olympiens auxquels peu de séries actuelles peuvent prétendre toucher. Et, ce faisant, avec une forme d’humilité et de retenue qui en décuplent les effets. À croire que les cinq saisons précédentes étaient des tours de chauffe. Bien sûr, à ces qualités d’écriture il fallait un casting à l’avenant, et si j’ai suffisamment chanté les louanges de Keri Russell et de Matthew Rhys, je me devais, avec ce billet, de me rattraper au sujet de Noah Emmerich. Parce que, mazette, quel prologue. Ce prologue, à lui seul, mérite un Emmy, bien que l’on sache pertinemment que l’Académie est passée à côté de nombreuses occasions de récompenser une série qui mériterait tellement plus d’exposition. Ce prologue disais-je, sur lequel on pourrait passer la totalité de l’article à disserter tant cette scène entre Stan et Philip, sur le perron de la maison, est une démonstration parfaite du grand huit émotionnel auquel s’adonnent les plumes de cette série. Avec droiture et, redisons-le une fois de plus, humilité et retenue.

Je suis ton ami. Nous sommes proches.
Et il y a quelque chose qui ne va pas.

« Allez va Elizabeth, je le fais pour toi mais c’est la dernière fois que je m’affuble d’un postiche »
(c) FX

Tu m’en diras tant Stan. Ce bon vieux Stan. Le voir ainsi douter, réaliser qu’il y a quelque chose qui cloche et que, non, ce n’est pas normal, ça n’est ni logique ni cohérent qu’un agent de voyage parte au beau milieu de Thanksgiving pour une tracassante histoire de client difficile et exigeant. Ailleurs, on rirait de la supercherie de la situation: « Comment ça, le type est agent du FBI et ne réalise même pas que ses voisins d’en face sont des agents du KGB ? Allez, c’est beaucoup trop gros pour qu’on le gobe. » Et pourtant la scène est d’une densité énorme. Bien sûr qu’on attendait LE moment où Stan réalise, à l’instar de Hank dans Breaking Bad, QUI est véritablement son interlocuteur le plus proche. À ceci près que, à la différence du chef-d’oeuvre de Vince Gilligan, The Americans créé du sensationnel a minima, dans les recoins obscurs, à renfort de petites scènes resserrées, cadrées près, au plus près de ses protagonistes, là où Breaking Bad suscitait de l’étonnement et de l’intensité par la dimension panoramique de sa cinématographie. Cette scène arrive ENFIN parce que Stan, dans son travail et sa vie privée, va ENFIN mieux. Il n’est plus seul, il ne se sent plus coupable à l’idée de continuer son job dans lequel il ne reconnaissait plus (à l’instar de Philip d’ailleurs) les motivations premières qui l’avaient conduit à exercer sa profession. De fait, ce personnage droit, discret, affable, bonhomme, patriote, moral et profondément humain, constate. Observe. Davantage. Pas par déformation professionnelle, c’est là que les scénaristes sont bien plus subtils. Stan sent bien que les Jennings traversent une mauvaise passe. Puis le doute arrive…Il se demande s’il n’y a pas autre chose. Autre chose de bien plus inavouable, de bien plus monstrueux qui se cache derrière la belle clôture blanche d’en face de chez lui. En cela, la réminiscence des flashbacks est parfaite, et s’il n’en est pas un témoin direct, la scène du garage, dans laquelle Philip se réinvente en boucher pour effacer toute piste de ce qui fut une mission suicide totalement foirée, parachève chez le spectateur l’ironie tragique de la situation. Dorénavant, Stan sait. Et il reste trois épisodes.

Des choses en vrac et en plus que j’ai beaucoup apprécié :

-Toutes les scènes entre Philip et Elizabeth. Y compris celle, extrêmement difficile à regarder, du garage. Parce que tant de dévotion pour autant de boucherie dans un silence seulement rompu par les bruits de hache, on ne sait plus si c’est de l’amour ou de la résignation.
-Elizabeth et Claudia ont tellement bien endoctriné Paige que la proposition d’Elizabeth pour que sa fille choisisse une vie « normale » est d’une hypocrisie sournoise, d’autant qu’elle est brutalement rompue par l’autorité avec laquelle elle lui confie sa prochaine mission. L’ambivalence est de mise car, malgré tout, il est difficile de cerner dans le regard d’Elizabeth la frontière où se situe la tendresse et ce sacerdoce qu’elle porte seule, depuis le début de la saison.
-Philip seul, de dos, à la toute fin de cet épisode éprouvant. Cette détresse dans les yeux, ce souvenir de ces noces effectuées en cachette, et cette interrogation quant au devenir de ce personnage qui, je pense, aura absolument tout donné par amour.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

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