The Handmaid’s Tale (saison 2) – La peur. L’effroi. L’étau.

Attention, ce qui suit révèle des éléments de l’intrigue des premiers épisodes de la deuxième saison de The Handmaid’s Tale. Si tu continues à lire, c’est que tu considères que la révélation des éléments de l’intrigue des premiers épisodes de la deuxième saison de The Handmaid’s Tale t’importe peu et que ce n’est pas grave si tu es spoilé…

(c) Hulu

Là, voilà. On reprend son souffle. À chaque fin d’épisode. En inspirant doucement, extrêmement doucement. Il faut dire- et on ne le réalise qu’au générique de fin- qu’on le retient depuis presque une heure. Progressivement, on revient. On s’extraie, on s’extirpe. On se libère du cauchemar et de ce poids d’en être le témoin terrassé. Inefficace. Empathique peut-être mais totalement incapable de pouvoir être autre chose. Autre chose que le spectateur remué de ce déchainement de barbarie autant sourde que sauvage. Loin d’être gratuite d’ailleurs, quoique reprochée de l’être par les détracteurs de la série, la violence inhérente à la série phare d’Hulu est appliquée avec une telle force, et une telle cohérence étant donné le contexte de son propos, qu’elle demeure une réelle épreuve télévisuelle. Il n’y a pas – ou alors infiniment peu- de ménagement envers le public. Aucune plage de respiration, aucune pause, aucun répit, y compris lorsque se superposent les flashbacks au présent du récit. Précisément parce que les personnages eux-mêmes n’ont pas le droit à de tels égards. Le regard a beau se transir devant la beauté terrible de la mise en scène, et être saisi par la fulgurance artistique de la majorité des plans, la mise en tension est permanente. Pourtant, The Handmaid’s Tale n’est jamais une esthétisation embellie des sévices qui y sont régulièrement affligés. C’est une projection dérangeante, brutale mais oh combien pertinente et intelligente, de la plus pessimiste dérive sociale qui puisse exister.

Très attendue au tournant, principalement en raison de l’écho politique qu’elle a suscité au cours d’une année 2017 particulièrement mouvementée, elle n’en demeure pas moins une oeuvre d’une intemporalité folle. Consciente de rappeler qu’une démocratie, qu’un acquis tel que la liberté d’être, de s’exprimer et d’exister, est aussi fragile qu’un château de cartes. Ce faisant, elle l’accomplit en vous remuant les tripes tout en s’évertuant à vous mettre le doigt dans l’oeil.

Il n’y a pas de mots
pour décrire l’état dans lequel vous plonge
le prologue de June (…)

Toi aussi, cherche et trouve June dans le champ de blé… (c) Hulu

Offrir une continuité à The Handmaid’s Tale était, quelque part, déjà donner un élément de réponse sur l’incertitude autour du sort de June, prisonnière d’un fourgon sombre qui l’emportait loin de la maison Waterford, vers un destin qui ne l’était pas moins. Hulu ayant déjà fait le choix en amont de renouveler la série, on pouvait compter sur le savoir-faire du scénariste et showrunner Bruce Millerdéjà à pied d’œuvre sur quelques-uns des meilleurs opus de The 100 (eh oui), pour tisser une suite originale à l’oeuvre de Margaret Atwood. Autant vous dire qu’il n’y va pas par quatre chemins. Si la deuxième saison de The Handmaid’s Tale reprend donc sa trajectoire pile là où elle avait été mise sur pause, il n’y a pas de mots pour décrire l’état dans lequel vous plonge le prologue de June (2.1). Il n’y a, d’ailleurs, pas beaucoup de mots échangés: la scène est tout en intériorisation, à peine interrompue par des ordres beuglés par les soldats à la botte de Gilead.  Gilead, et sa logique totalitaire, sournoise et monstrueuse, parle d’elle-même sur la totalité des plans. Dans ce prologue, ainsi que sur le reste de deux épisodes suivants (Unwomen, Baggage), la série ne déroge pas à la règle de ce qui a fait son étonnant succès : suivre ses protagonistes au corps violenté, dépossédé et les observer. Subir, réagir, ressentir, penser, échanger, éprouver. Espérer, même au plus près d’une situation radicale et inextricable.

On ne peut s’empêcher de lire, dans ces trois premiers segments, une sorte d’arc introductif vers lequel la série, désormais « libre » de son matériau d’origine, veut tendre. Avec la voix off de June légèrement en retrait,The Handmaid’s Tale fait le choix de davantage de flashbacks, et surtout, d’une narration au langage cinématographique prédominant. Comprendre par là qu’il n’y a pas besoin de grands discours, ou de pompeux dialogues, pour être bouleversé par les évènements et l’engagement que revêt une oeuvre si forte. Pour faire passer (je dis bien passer, et non accepter) ce qu’il nous est montré, il fallait de grands acteurs. Des acteurs capables de parler uniquement avec leurs yeux. Et si le cast entier est d’une retenue et d’une justesse impeccables, on se doit de rappeler qu’Alexis Bledel et Elizabeth Moss sont justes extraordinaires. Extraordinaires. À chaque apparition.

PS: Juste pour dire que, en tant qu’homme je ressors choqué à chaque fois. Par ce que je vois. Mais je n’ose demander aux femmes qui suivent le show (ou celles qui auraient lu le livre) ce qu’elles ressentent de leurs côtés.

***** The Handmaid’s Tale (Hulu,USA, 2018/ saison 2 – en production)
Série créée par Bruce Miller et diffusée depuis le 26 avril 2017.
La saison 2 est diffusée sur OCS Max.

Le site officiel

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