Rise Séries

Rise (2.10)- Opening night: sortie de scène

Ça y est. Pour Rise, le rideau est tombé. Il l’était précisément depuis le 11 mai dernier, avant même que l’ultime épisode ne soit diffusé sur NBC, laquelle a tout bonnement annulé le show sans aucune surprise et, ce, malgré une audience constante de 4 à 5 millions de téléspectateurs. Une pétition pour repêcher la série de Jason Katims a beau actuellement circuler sur Internet, j’émets quelques doutes quant à la poursuite des ateliers théâtre des lycéens de Stanton.

(c) NBC

Là, vous allez me dire que l’on a bien vu Community atterrir sur Yahoo et qu’au pays des providers, tout est désormais possible. Certes. Mais toutefois, au vu des critiques tièdes que la série a récolté, je m’attendais personnellement à un tel sort… ce qui est paradoxalement regrettable car Rise finit sur sa meilleure note. Pour un peu, on aurait presque envie que la pétition atteigne son objectif et que la série soit renouvelée in extremis pour une nouvelle saison. On ne sait, et on ne saura probablement jamais, quelles furent les attentes d’NBC au sujet de Rise et s’ils en avaient cure déjà au départ. Une chose est sûre : les personnes qui suivent le travail de Jason Katims, elles, se régalaient d’avance de voir le showrunner de Friday Night Lights et de Parenthood poser son regard « naturaliste » sur les coulisses d’un théâtre lycéen au cœur d’une petite ville américaine secouée par les difficultés du chômage. C’est un peu délicat de parler pour la première fois d’une série qui vient tout juste de s’achever mais il me semble néanmoins que Rise méritait d’être évoquée. Appelez cela de l’indulgence si vous le voulez mais une aventure théâtrale collective est un sujet qui me parle haut et fort. Et comme c’est traditionnellement le cas à chaque fois qu’une répétition se termine, il convient donc d’en effectuer les retours.

Katims charge la mule à la tonne. Il y a par épisode une flopée de thématiques sociales qui auraient été susceptibles d’alimenter la série trois à quatre saisons plus tard.

Commençons par les mauvais côtés. S’il a beaucoup été dit que Rise souffrait de la comparaison avec Glee et Friday Night Lights, et que Josh Radnor (alias Ted Mosby, tout droit sorti d’How I Met Your Mother) peinait réellement à s’imposer, il convient de mentionner également Boston Public : l’une des rares séries de network a avoir posé ses caméras dans une école publique et à proposer au téléspectateur des thématiques qui auraient pu paraitre bien piteuses si elles n’avaient pas été développées sous la houlette de David E.Kelley. Non, le problème de la série de Jason Katims me semble tout autre. Dans un contexte télévisuel toujours plus compétitif, où il n’y a guère que les sitcoms et les doyennes des dramas pour atteindre la vingtaine d’épisodes par saison, on sent dès le pilote que Katims a voulu jouer sur le plus de fronts qu’il lui était possible de fédérer pour, ironiquement, éviter l’annulation. Comprendre par là qu’au lieu d’installer le décor et de laisser ses protagonistes prendre leurs marques, Katims charge la mule à la tonne. Il y a par épisode une flopée de thématiques sociales qui auraient été susceptibles d’alimenter la série trois à quatre saisons plus tard. L’alcoolisme, le harcèlement, le changement de sexe, l’adoption, l’adultère, l’homosexualité refoulée…tout arrive pêle-mêle, en même temps, trop vite, trop tôt. Certes, à l’instar de Dillon dans Friday Night Lights, Katims a voulu faire de Stanton une bourgade qui refuse d’être embourbée par le chômage. Sauf que si l’on ne cesse de nous répéter que Stanton doit se relever – par le biais, tiens, du football et du théâtre- les personnages n’ont pas le temps de récupérer du choc précédent qu’ils enchainent déjà sur le suivant. Du coup, ils étouffent au milieu de l’accumulation de clichés.

Josh « Ted Mosby/Lou Mazzuccheli » Radnor: « Ne le dis pas encore aux jeunes mais la série vient d’être annulée »… (c) NBC

Il y a malgré tout quelque chose de touchant à suivre les pérégrinations de ces jeunes tous issus de milieux sociaux différents.

Ceci étant dit, ce n’est pas les meilleures intentions qui manquent. Et qui, du coup, font que l’on sui(vai)t la série envers et contre tout. Parmi la surenchère de bons sentiments, il y a malgré tout quelque chose de touchant à suivre les pérégrinations de ces jeunes tous issus de milieux sociaux différents. D’abord le choix provocateur et politique porté par Lou Mazzuchelli sur la pièce à jouer (L’éveil du Printemps, que je vous invite vivement à découvrir), choix qui tranche net avec les standards habituellement sélectionnés (Grease, Un violon sur le toit, Cats) et fait grincer des dents une majeure partie de la communauté pour son portrait brute d’une adolescence sexuée et responsable. D’où cette image de Rise, certainement occidentalisée, idéalisée, d’une Amérique plurielle qui détonne totalement avec celle que Trump s’évertue à gâcher tous les jours. L’image d’une nation accueillante (le foyer des Mazzuchelli), qui se bat contre le diktat du système (l’administration du conseil d’école et sa volonté de censure), qui se caractérise par sa solidarité, son multiculturalisme et sa tolérance identitaire. Tels sont d’ailleurs les enjeux posés avec…oui, émotion dans ce dernier épisode : sur scène comme en coulisses, Katims y noue et dénoue ses intrigues avec l’urgence de la dernière fois. En s’appuyant sur la mécanique, l’émulation, l’excitation de la représentation live. Comme si tout se devait d’être donné, là, devant nous, avant que le rideau ne tombe définitivement. C’est précisément ce qui se trame au cours d’Opening Night : parce que Lou et ses élèves décident de passer outre la censure voulue par le conseil d’administration, ce dernier – quand bien même impressionné par la qualité de la prestation donnée par les lycéens- rétorquera par la cessation nette des cours de comédie. La série annulée, on appellera cela l’ironie du sort.

* Rise (NBC, USA, 10 épisodes – 1 saison, 2018)

Série américaine créée par Jason Katims, d’après le livre Drama High de Michael Sokolove.
Le site officiel de la série

 

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