Westworld (saison 2) – Mornes plaines

Il n’est pas dans nos habitudes que de biler volontairement sur une œuvre qui nous déplait pour plusieurs raisons. Quitte à faire, autant ne pas en parler. Ou ne rien dire. Mais le fait est que Westworld se prend tellement au sérieux qu’il est plus que tentant que de vouloir lui déclarer ce qu’elle est en vérité: un gâchis. Incommensurable. Immense. D’autant plus immense et incommensurable que l’argent est là, partout, sur tous les plans.

(c) HBO

Il est proprement hallucinant de voir autant de moyens mis en œuvre à l’écran pour une série au récit aussi pingre que ne l’est Westworld. Si la première saison accumulait beaucoup de handicaps, du moins avait-elle pour elle l’excuse des débuts. D’une volonté certainement trop ambitieuse de faire trop grand trop vite. Une excuse somme toute sommaire mais qui, avec indulgence et considération, pouvait espérer la possibilité d’une amélioration. D’un progrès. D’une volonté de remettre ses exigences à la juste place, de corriger ses erreurs pour embrasser enfin toutes les promesses contenues dans ses thématiques abordées et infinies possibilités; citons-en, au hasard, quelques-unes: le libre arbitre, l’évasion, la découverte d’un monde débouchant sur, tiens pourquoi pas, la découverte de soi. Après tout, il avait bien fallu attendre cinq saisons pour que Game of Thrones cesse de se prendre au sérieux pour assumer, enfin, son statut de blockbuster. On pouvait faire preuve de la même patience si, au moins, on savait nous raconter correctement une histoire. Si. Lorsqu’il adapte Jurassic Park de Michael Crichton, l’auteur à l’origine du roman et du film Westworld, Steven Spielberg n’oublie pas, avant tout, de s’amuser. De nous amuser. De nous faire passer, d’abord, un bon moment de cinéma avant que l’on réalise qu’en fait, il s’agit là d’un grand moment de cinéma. On n’en demande pas davantage à la série de Lisa Joy et Jonathan Nolan qui, rappelons-le, se déroule dans un parc d’attractions.

« Je…je ne comprends rien » Mais Bernard, il n’y RIEN à comprendre ! (c) HBO

Le problème de Westworld est bel et bien là: dans cette absence de charme et d’envoûtement, troqués malheureusement contre une sorte de fumisterie philosophique grossière, mystificatrice à défaut d’être étrange ou même énigmatique. Cela se veut complexe, c’est surtout confus. Cela se veut grandiose, c’est surtout grotesque. Cela se veut addictif, c’est surtout ennuyeux. Monstrueusement ennuyeux. Les personnages sont fades, les acteurs jouent comme ils peuvent avec une partition pachydermique, et le tout mythologique, cafouilleux au possible de manière volontaire ou involontaire, ne passionne pas. C’est aussi simple. La vérité, c’est que l’on s’en fout complètement de ce qui arrive, ou peut arriver, à des personnages avec lesquels on n’a aucune empathie. Joy et Nolan ont indubitablement une vue d’ensemble sur leur récit mais ils n’arrivent jamais à imprimer concrètement leurs visions et leurs lyrismes sur les sentiers de ce paysage de l’Ouest. À découper cette perspective selon une logique feuilletonesque. Pire, ils reproduisent ailleurs (par l’intermédiaire d’un Japon féodal certes merveilleusement reconstitué) ce qu’ils pourraient développer à merveille s’ils prenaient la peine de vouloir créer autre chose qu’une oeuvre « sérieuse. ». Parce que oui, sur le papier, Westworld a tout pour plaire. Tout pour réussir. Tout pour être un divertissement qui, sous l’apparat du grand spectacle, s’octroierait à l’occasion le droit de dispenser quelques sujets de réflexions philosophiques sur le cursus de nos destinées. Au lieu de cela, au lieu de proposer un grand récit d’aventures, Joy et Nolan étirent pendant des heures des arcs qui tiendraient sur un épisode et multiplient les effets d’esbroufe, de grandiloquence, de violence dégoulinante et de vacuité prétentieuse laborieusement étirés pour que le tout dure une heure. À croire qu’Hollywood n’a toujours pas retenu la leçon de Matrix Reloaded et Matrix Revolutions.

Que l’on ait été d’accord ou non avec la conclusion de Lost, Damon Lindelof et Carlton Cuse fonctionnaient proprement à l’inverse. En donnant l’envie de revenir chaque semaine avec une frénésie démoniaque, ils faisaient de leur série davantage qu’un puzzle que l’on tente désespérément de compléter. Contrairement à ce qu’on leur reprochait, ils ne cherchaient pas à égarer pour le plaisir de le faire mais à raconter, d’abord et avant tout, de manière simple, une histoire qui se complexifiait progressivement. Là était la nuance. Et là est la différence avec Westworld: dans cette attitude. Dans cette humilité respectueuse de ne pas, absolument, se donner des grands airs alors que l’on ne propose que du vent.

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° Westworld (USA, 2018, HBO – 2ème saison, 10 épisodes)

Série télévisée américaine créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy. Diffusée du 22 avril au 24 juin 2018.

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