The Handmaid’s Tale (saison 2) – Écarlate déception

Attention, ce qui suit révèle des éléments de l’intrigue des derniers épisodes de la deuxième saison de The Handmaid’s Tale. Si tu continues à lire, c’est que tu considères que la révélation des éléments de l’intrigue des derniers épisodes de la deuxième saison de The Handmaid’s Tale t’importent peu et que ce n’est pas grave si tu es spoilé…

C’était la série dont on attendait le retour. Dont on appréhendait même le retour. Adaptation du roman éponyme de Margaret Atwood, la première saison de The Handmaid’s Tale suivait à la page la trame du roman de l’auteure canadienne et s’était imposée, l’année dernière, presque par surprise, comme une œuvre télévisuelle dérangeante, impartiale, virtuose et unique. Une vraie claque dont l’empreinte, en pleine ère Trump et essor du mouvement #metoo, marquait les esprits et les regards au fer rouge. Succès critique et public, Hulu décrochait là sa timbale commerciale et commandait, en toute logique, une saison 2 à Bruce Miller et son pool de scénaristes. Une bonne moisson d’Emmy bien méritée plus tard, The Handmaid’s Tale revenait sur les écrans de notre XXIème siècle bien tourmenté avec les honneurs de la presse : Télérama y consacrait un reportage sur les coulisses du tournage, Entertainment Weekly la une de son magazine populaire etc. Celles et ceux qui étaient passés à côté du phénomène (qui se poursuivait également en librairie) n’avaient plus d’excuses. Élue série de l’année par les lecteurs de feuilletoon, il était presque évident que The Handmaid’s Tale serait celle de 2018. Presque.

Poursuivre le fil d’une œuvre pour réinventer son modèle sans toutefois le trahir était un pari somme tout risqué, a fortiori au sein d’un contexte narratif aussi rude que peut l’être celui de The Handmaid’s Tale (on imagine mal June subir les sévices de ses maitres de maison cinq saisons durant). Ce pari fut tenu, réellement, le temps de trois épisodes. On l’a déjà écrit, le premier triptyque de ce retour fut brillant. Rude. Éprouvant. Et surtout annonciateur de plusieurs pistes narratives plutôt prometteuses. Parmi elles, et pêle-mêle : la maternité comme rempart et moyen de pression contre ses geôliers, la création lente d’une révolte de l’intérieur avec l’évasion en ligne de mire. L’évasion. Partir, à tout prix et par n’importe quel moyen, de Gilead, cette société pestilentielle, pernicieuse, phallocrate, démente, barbare et gangrénée jusqu’à l’os. Le problème majeur de cette deuxième saison est là : ce n’est pas qu’elle manque de bons moments ou d’ouvertures vers une évolution du récit, c’est qu’elle manque d’audace pour les embrasser et pour se dépatouiller du cadre de Gilead. Comme si Gilead devait être, à tout prix, l’unité de lieu et d’action dont la série ne pouvait s’affranchir. Certes, on a une immersion (plutôt réussie d’ailleurs) de ce qui se trame aux Colonies. Certes, on a bien quelques aperçus de ce qui se passe au Canada pour Moira et Luke, où l’on y apprend même que quelque chose se prépare pour tenter d’extirper les personnes de l’intérieur, et puis… plus rien. Plus rien du tout. Cela ne se remarque pas tout de suite car on s’agrippe tant les images, fortes, impriment le ressenti qui, de fait, prime sur tout le reste. C’est l’émotion avant la raison: on se tient fermement aux coussins de notre canapé tant le jeu psychologique entre les personnages est démentiel ; Miller continuant de captiver par l’ambiance mortifère de sa cinématographie en nous en mettant plein les mirettes, tout en chauffant son récit sous une cocotte-minute prête à exploser à tout instant. En toute logique, une explosion finit d’ailleurs par arriver. Enfin. A force de pressuriser ses citoyens, une Servante se mue en kamikaze lors d’un congrès rassemblant tous les Commandants.

Et… ? Rien. Ou si peu. On se dit alors qu’une révolution, pour que l’idée germe et s’installe dans des esprits maintenus en surveillance en permanence et depuis si longtemps, cela prend du temps. Beaucoup de temps. Et qu’une renaissance de tous ces corps soumis et meurtris par de si rudes épreuves ne peuvent se mettre radicalement en marche. Donc Miller se penche sur la maternité de June. Use de flashbacks parfois de manière pertinente – pour annoncer que la démocratie et la bataille de nos droits fondamentaux se fissurent par de petits renoncements anodins- parfois pour combler le temps alloué par épisode.

« S’ils veulent un responsable, qu’ils aillent chercher Fred » (c) Hulu

Tout semble vouloir bouger lors d’un voyage politique au Canada: tandis que le commandant Waterford s’en va jouer son va-tout démocratique, on nous présente une Serena qui commence à remettre en question ses préceptes et ses principes le temps d’un retour dans une vie normale. On se dit: « Tiens. Et pourquoi pas ? Ce serait même fichtrement intéressant que ce soit Serena qui soit le point de bascule d’un système qu’elle a partiellement mis en place.» On tente de nous l’humaniser (quand bien même elle n’est que monstre sous une enveloppe charnelle aux attraits charmants) puis on abandonne radicalement cette piste. Serena redevient cette somme de paradoxes froide, frustrée, qui tente de garder la tête haute en ne faisant pas vaciller pas sa foi par-dessus bord. Puis on revient sur cette facette, encore, pour nous la montrer sous un jour définitivement horrifique. À toutes ces valses hésitations s’ajoute un élément qui, personnellement, m’a mis énormément en colère. Et qui a complètement rompu le pacte entre la série et mon statut de spectateur. Dans l’épisode The Last Ceremony (2.10), June est violée en dehors des cadres conventionnels de Gilead par Fred et Serena : étant trop insolente et irrévérencieuses, ses deux geôliers la maintiennent de force et lui infligent « une leçon » humiliante, dégradante, à même la couche maritale ordinairement réservée au rituel de la Cérémonie. Bien sûr, au vu de ce qu’elles représentent, les Cérémonies sont abjectes à regarder. Mais elles s’inscrivent dans la logique de Gilead, dans son système, dans sa structure et sa cohérence. Là, ce qui demeure abject, l’utilisation du viol pour faire (semblant d’) avancer le récit m’a fait sortir de mes gonds. Nous n’avions pas besoin d’être le témoin de cela. June n’avait pas besoin d’être une nouvelle fois martyrisée, si ce n’est de la sorte. D’autant que la conclusion de ce même épisode – qui amène June à aller voir Hannah pour une maigre entrevue- pouvait tout à fait s’effectuer sans passer par cette scène d’une atrocité folle qui, en plus, sera quasiment occultée lors des épisodes suivants. Le comble, c’est qu’en fin de compte, l’émotion que pouvait susciter des retrouvailles tant attendues fonctionne comme un pétard mouillé. Cette même conclusion, légitimement, et tout autant qu’un viol, pouvait faire pression sur notre héroïne pour qu’elle calme ses ardeurs rebelles. Un choix impardonnable car, par la suite, sur ses trois derniers épisodes, The Handmaid’s Tale va s’évertuer à multiplier les effets chocs pour le choc pour, in fine, noyer le poisson dans son propre sensationnalisme.

The Word (2.13), le season finale, est d’ailleurs à l’image de l’ensemble : un beau gâchis étouffé par d’innombrables incohérences. Pour sa troisième tentative d’évasion, June ira même jusqu’à bénir Serena (qui l’a, rappelez-vous, violée il y a trois épisodes de cela) sur le seuil de la maison des Waterford. Elle va suivre tout un réseau de résistance organisé par les Martha, ces domestiques silencieuses, pour finalement renoncer à monter dans le van qui l’emmène vers une possible liberté. Vers une possibilité de rejoindre son mari Luke. Son amie Moira. Et, ainsi, se battre de l’extérieur pour que ce même extérieur s’immisce, s’engouffre, s’infiltre dans les fissures que le mur de Gilead a cru si bien édifier. Mais non, June ne montera pas. « Probablement pour tenter de récupérer Hannah ? » pensez-vous. C’est certain. Ce qui est également certain, c’est que je vois mal comment la série sera susceptible de perdurer (la perspective d’une quatrième et d’une cinquième saison a déjà été évoquée) tant elle fait preuve d’un douloureux surplace.

* The Handmaid’s Tale (Hulu, USA, 2018/ saison 2 – en production)
Série créée par Bruce Miller diffusée du le 26 avril au 11 juillet 2018.
La saison 2 est disponible sur OCS Max.

4 réflexions au sujet de « The Handmaid’s Tale (saison 2) – Écarlate déception »

  1. J’ai commencé cette saison et je me suis arrêtée à l’épisode 6 ou 7 . Je trouve qu’ils voulaient juste nous montrer des gens qui souffrent exemple la scène du premier épisode dans l’arène . On sait très bien que rien ne se passera . Ou cette scène où on voit une femme se faire brûler la main ou être affamée et ligotée .
    De plus ayant lu le livre je pense sincèrement qu’une saison pour cette série aurait été parfait . Parce que là ils exploitent juste pour se faire de l’argent et recevoir des récompenses.
    Tout ces personnages que j’aimais dans la saison 1 bah dans la 2 j’en ai rien à faire . Même june je m’en fous . C’est triste d’où la raison pour laquelle je me suis arrêtée après l’épisode 6

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    1. ***SPOILERS***

      Je suis partiellement d’accord avec toi. La scène du premier épisode dans l’arène est impressionnante et joue aussi bien avec les nerfs des Servantes que les nôtres: à ce moment là, personnellement, je m’attendais à tout. Que ce soit un châtiment corporel ou un sacrifice (Gilead ne fonctionnant que de la sorte). Là où c’est malin, toujours dans cette scène, c’est que l’appareillage de l’arène et la fausse pendaison est un stratagème assez fin: on rappelle QUI est le patron.

      Là où je te rejoins, c’est qu’ils dilapident le récit au profit de scènes chocs (parfois souvent réussies et/ou cohérentes sur le moment) mais qui, dans l’ensemble, ne mène à rien. N’aboutissent à aucune évolution. Et c’est, pour toi qui a arrêté tôt 😉 particulièrement le cas sur les derniers épisodes. Quant aux personnages, oui et non également: June étant tout de même incarnée par Elizabeth Moss, elle garde un intérêt. Mais elle n’évolue guère non plus: je ne comptais plus le nombre de fois où elle nous disait face caméra qu’elle allait tout fiche en l’air. Serena est un cas très intéressant: c’est une érudite, une femme qui réfléchit et qui demeure bien plus stratège que son propre mari. Remettre en cause le système de Gilead, c’est se remettre en cause elle-même…ce qui créer une dynamique assez intéressante. Mais bon…c’est un beau gâchis et, oui, une saison aurait été suffisant.

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