The West Wing (saison 1) – La dialectique du pouvoir

Après avoir répété ses gammes et ses arpèges sur Sports Night, sympathique sitcom sur les coulisses télévisuelles d’une émission sportive mais annulée au bout de deux saisons, Aaron Sorkin– scénariste en vogue à Hollywood- retroussa ses manches et décida qu’il était grand temps de s’introniser lui-même dans la cour des grands. Et pas n’importe quelle cour, celle de la Maison Blanche.

(c) NBC

Il faut tout de même se rappeler qu’en 1999, le paysage des séries était encore largement dominé par les networks (une série telle que Urgences, à la même époque, glanait quelques 24 millions de téléspectateurs); dès lors, une série proposant en prime time une immersion dans les coulisses du bâtiment officiel d’une nation telle que les USA- et d’en présenter l’infime complexité- aurait très bien pu rebuter plus d’un annonceur. Ou le public. Ou les deux. Prendre position de manière politique, y compris même sur le terrain de la fiction, c’eut été prendre le risque de se mettre à dos la moitié de la nation ayant un poste de télévision. Ironie du contexte, non seulement The West Wing entama un run de quatre saisons à l’encontre total de la politique de l’administration Bush (qui, rappelons-le, fut réélu dès 2004) mais elle moissonna autant d’Emmy que de spectateurs.

On a souvent dit, lu et entendu que The West Wing était une série réaliste. The West Wing est sûrement beaucoup de choses mais s’il y a bien une chose qu’elle n’est pas, c’est d’être réaliste. Documentée, précise, soutenue, complexe, riche, intelligente oui, réaliste non. Pour la simple et bonne raison que, comme je le précisais quelques lignes plus haut, la fiction d’Aaron Sorkin reste une fiction. Un huis clos. Une plongée dans les dédales de l’Aile Ouest dans laquelle déambulent des gens qui ne cessent d’éteindre une multitude de petits incendies par épisodes. Des gens érudits, consciencieux, plus ou moins affables mais ayant chacun un sens aigu de la loyauté et de l’honneur. Le staff – donc l’entièreté de la distribution de la série- ne sort guère de la Maison Blanche. Ils sont dédiés et entièrement dévoués et, honnêtement, c’est à peine si l’on doit s’étonner de ne pas voir de matelas jeté à même le sol de leur bureau. Bref. The West Wing n’est pas une série réaliste : c’est une vision. Une vision rêvée de ce que pourrait, ou devrait être, la politique selon Aaron Sorkin. Une politique d’écoute, de contradictions, de raisonnement, de prises de décision lourdes mais toujours abordé sous le sceau d’un humanisme noble et profondément touchant. D’autant plus touchant que la série ne cherche pas le spectateur du fond de son fauteuil pour aller le convaincre ou le bousculer dans ses convictions. Encore que. Ce n’est pas faute, pourtant, d’aborder (et en prime time rappelons-le une fois de plus) une multitude de sujets sensibles tels que la régulation des armes, le racisme, l’homophobie, l’éducation ou encore la paupérisation de la population.

(c) Steve Schapiro/NBCU Photo Bank

Entendons-nous bien: The West Wing est une fiction engagée mais nécessairement au sens où on l’entend. Bien sûr, elle est un manifeste évident de la philanthropie propre à Sorkin, souvent raillé pour son idéalisme, mais elle demeure engagée sans pour autant faire l’apanage patriotique des USA voire, et ce serait presque attendu, celui du Parti Démocrate. Certes, elle est toujours à deux doigts d’être pontifiante…mais comment ne pas risquer de l’être sur un terrain où il est éminemment complexe de mettre tout le monde d’accord ? Comme toutes les séries de Sorkin, cette vision se traduit avant tout un régal pour les oreilles : ses dialogues sont acérés, cadencés à la seconde près, pêchus, mordants, ironiques, drôles et parfaitement ajustés. C’est une partition rodée à la syllabe prêt et qui sera déclinée par la suite, avec les mêmes effets et le même style, dans Studio 60 on Sunset Strip et The Newsroom. Les gens dialoguent. A tout rompre. Pour parler, pour débattre, pour s’affirmer en tant qu’individu. Ils se respectent pour avoir été contredit intelligemment. Puis ils décident, à la tombée du jour, avec le recul et le poids de toute une journée sur les épaules. Ces gens s’appellent Sam, Josh, CJ, Leo, Charlie, Donna ou (évidemment) Jed, et à la fin de chaque épisode, vous n’avez envie que d’une seule chose: leur offrir à chacun une bonne pinte de bière.

Tandis qu’en novembre prochain, cela fera deux ans que Donald Trump est président des Etats-Unis d’Amérique, revoir The West Wing aujourd’hui est une drôle d’expérience. Non seulement parce qu’elle donne à voir une autre image de l’Amérique mais parce qu’elle donne aussi, et surtout, à espérer que le monde peut mieux tourner.

(c) NBC

**** The West Wing (NBC/ USA, 1999-2000 – saison 1, 22 épisodes)

Sérié créée par Aaron Sorkin. Producteurs exécutifs: Thomas Schlamme, Aaron Sorkin et John Wells.

Saison 1 disponible en DVD chez Warner Home Video.

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