Et Pour Quelques Séries De Plus #1

Ce qui suit est un essai. Cela n’est pas Les Dossiers de l’Ecran mais une sorte d’inventaire télévisuel de toutes les séries que j’ai pu regarder ces dernières semaines/mois et pour lesquels je n’ai pas eu (encore) le temps de consacrer individuellement un article. Mais si jamais le format vous amuse, cela peut devenir quelque chose de récurrent. Après tout, pourquoi écrire dans un blog qui s’intitule feuilletoon si l’on n’est précisément pas capable de fonctionner soi-même en épisode ?

**** Atlanta (2018, USA, FX – saison 2, 11 épisodes ) – Rap against the machine

(c) FX

Ne rien attendre est parfois la meilleure façon d’être surpris. Plus d’un an et demi après une première saison à l’intérêt éparpillé et un tantinet sur-encensée, le retour de la série de Donald Glover (alias Childish Bambino, alias Lando Calrissian, alias Troy alias… euh…Earn dans Atlanta) n’était pas celui que je guettais le plus. Et pourtant.

Fort de son format court, en rebattant les cartes de ses ambitions, Atlanta robbin’ season a implosé justement le concept même de saison, faisant de chaque épisode un segment d’une liberté folle à la fois totalement autonome et se complétant pourtant parfaitement à la fin. Chaque épisode était un pied de nez inattendu doublé d’une leçon d’écriture assez sidérante ; ne parlons même pas de la qualité exemplaire de la mise en scène d’Hiro Marai, complice de Glover, qui maitrise l’art du cadre à la perfection : des opus tels que Teddy Perkins, Woods ou FUBU figurent assurément parmi ce que l’on a pu voir de meilleur cette année. En estompant les errances de Paper Boi au sein du rap US (qui n’étaient pas sans clichés lors de la saison précédente), Glover se lâche. Laisse les seconds rôles prendre du galon et délaisse son envie de critiquer frontalement son pays par le trou de la lorgnette, non sans garder une forme de mordant. Très conscient de ses aptitudes, très au fait d’être autre chose qu’une simple bouffonnerie absurde (écriture, interprétation, mise en scène…Glover reste tout de même d’une polyvalence fascinante) Atlanta robbin’ season est une ballade mélancolique, virtuose, qui promène ses personnages dans un surréalisme doux dingue, teinté de gêne plutôt délectable. Et au final même émouvant. Non vraiment, c’est toujours bon d’être surpris.

Saisons 1 à 2 disponibles sur myCanal

** Barry (2018, USA, HBO – saison 1, 8 épisodes) – To kill or not to kill

(c) HBO

Imaginez un Dexter mais sans une voix off qui viendrait parasiter le récit. Imaginez une parenté cinématographique plus qu’évidente avec Breaking Bad, un univers comique noir dans lequel un tueur à gages s’improvise comédien amateur pour atteindre l’une de ses cibles désignées, et vous aurez un léger aperçu de ce que à quoi ressemble Barry.

Barry, c’est Bill Halder, échappé de ses sketches chez SNL et qui, fatigué sans doute de ses seconds rôles chez Judd Apatow, a décidé qu’il était grand temps de tirer la couverture de son côté. Là, Halder est partout : au premier plan, au scénario, derrière la caméra. On n’est jamais mieux servi que par soi-même ? Certainement, même si Barry patine un peu en milieu de course sur une saison qui ne comporte pourtant que huit épisodes. La faute, sans doute, à ces références auxquelles on faisait allusion en début de paragraphe et à des seconds rôles plus figuratifs que réellement attachants. Néanmoins, la trame se tient, les rebondissements demeurent plutôt finauds (le cliff de fin de saison est même carrément tendu) et Henry « Fonzie » Winkler, en professeur de théâtre ringard qui use et abuse d’une notoriété toute relative, est absolument impayable. Autant de raisons pour ne pas bouder son plaisir.

Saison 1 disponible sur myCanal

« Ne regarde pas tout de suite…mais y a un poisson rouge dans un aquarium entre nous » (c) Nicole Wilder/AMC/Sony Pictures Television

*** Better call Saul (2018, USA, AMC – saison 4, 10 épisodes) –  It’s all good, man !

Les épisodes du préquelle de Breaking Bad se suivent et se ressemblent. Faussement. Bien que partageant un penchant avec son ainée pour les scènes sans véritables liens apparent, une cinématographie de dingue et un univers pourtant similaire, Better Call Saul se rapproche plus que jamais cette année du modèle dont elle est issue avec, cependant, une envie nette de marquer le pas dès que la frontière se rapproche. Comment pouvait-il en être autrement après que Chuck ait mis le feu au poudre (au sens propre comme au sens figuré) à tout le microcosme de la galaxie McGill ? Plus que jamais dans cette saison 4, Vince Gilligan et Peter Gould (re)dessinent patiemment, inlassablement (et sans jamais lasser) la cartographie d’Albuquerque et des futurs lieux qui marqueront, et hanteront, la mémoire de Breaking Bad. Voir et suivre Better Call Saul est un régal hebdomadaire : chaque épisode contient au moins, si ce n’est plus, un moment d’anthologie qui vaut à lui seul le détour.

Pour info, Pinata (le 4X06) fut à l’image de ma phrase précédente. Il nous reste quatre épisodes avant la fin de la saison (la série ayant d’ores et déjà été renouvelée pour une saison 5) et Better Call Saul rappelle qu’elle est une fiction à contretemps qui, pourtant, maitrise son sens du timing à la perfection.

Saisons 1 à 3 disponibles sur Netflix. La saison 4 est actuellement diffusée sur le même provider tous les mardis.

* Sharp Objects (2018, USA, HBO – 1 saison – 8 épisodes) – En petites coupures

(c) HBO

Avec un rôle taillé (excusez le jeu de mots) sur mesure pour Amy Adams et le retour de Jean-Marc Vallée à la caméra, HBO comptait sans doute renouer avec le succès de Big Little Lies et brasser une petite moisson d’Emmy dans la foulée.

Ce n’est pas que cette adaptation de l’excellent roman de Gillian Flynn soit ratée mais ce n’est pas non plus une franche réussite. On sent bien les efforts d’instaurer, d’imposer une ambiance à couper au couteau (excusez le jeu de mots bis) dans cette histoire où une journaliste scarifiée revient dans sa ville natale pour faire un reportage au sujet d’un double meurtre…mais le fait est que la mayonnaise ne prend pas. Du moins jamais vraiment. Le problème tient sans doute au fait d’être dans un terrain/un univers si connu, si familier à n’importe quel polar (le retour de la fille prodigue dans son patelin où tout le monde semble avoir quelque chose de louche à cacher) qu’on est légèrement en droit d’attendre un peu plus qu’un exercice de style plutôt coquet.

Autant Vallée s’en sortait très bien avec Big Little Lies, autant sa mise en scène flirte ici en permanence avec un maniérisme appuyé qui tient plus de l’esbroufe que d’un réel parti pris. Bien que risqués, les flashbacks de Camille (Amy Adams donc, qui s’en tire aussi sobrement que possible pour un personnage meurtri de toutes parts qui passe chaque épisode à picoler de la vodka) sont toutefois plutôt bien insérés et viennent adroitement brouiller les pistes du présent de la narration. En revanche, Patricia Clarkson surjoue à la tonne. Vous me direz que son personnage de drama queen hypocondriaque narcissique est une partition casse-tronche pour plus d’un acteur émérite; ce qu’est Clarkson en tout état de cause. Sauf que là, non: plus nuancé dans le roman, car davantage retors, Clarkson m’a plus agacé qu’autre chose. A l’instar de l’ensemble, toute sa participation semble vouloir crier le fait de lui donner un Emmy à la prochaine cérémonie… Bref, cela se regarde mais avec un ennui presque poli. Mention bien cependant à la manière dont Vallée apporte le twist final et, ce, d’une manière aussi surprenante que le roman à ses deux dernières pages.

Disponible sur myCanal

ET
UN PEU DE RAB
POUR LA FIN
– BONUS- 

**** Beau Séjour (2017, Belgique, Een- 1 saison, 10 épisodes) – Dur dur d’être un fantôme

Une fois de plus, on peut saluer la politique éditoriale d’Arte. Car en plus de diffuser tous les jeudi en première partie de soirée des séries européennes souvent de premier choix, la chaîne franco-allemande a eu un joli flair en acquérant les droits de cette fiction en provenance de la Belgique, auréolé chez nous d’un joli prix du Public au Festival Séries Mania de 2016. En dépit d’un budget qui doit affleurer celui la moitié d’un épisode de Game of Thrones pour toute une saison, Beau Séjour prend à bras le corps ses ambitions artistiques et enchaine les épisodes avec une haute notion de l’élégance visuelle, sans oublier que derrière l’emballage tout le contenu doit être à la hauteur. Et ça l’est, diablement. Tout est exemplaire dans cette anthologie de dix épisodes: son point de départ (Kato, une jeune adolescente, se réveille dans une chambre d’hôtel et mène l’enquête sur son propre assassinat) qui tient ses promesses en conjuguant le fantastique avec une intrigue policière particulièrement retorse, aussi nébuleuse que morbide, dans laquelle je défie quiconque de deviner le coupable avant la dernière demi-heure (!). Comme tout drame policier qui se respecte, et au contraire des surestimés P’tit Quinquin ou BroadchurchBeau Séjour est l’occasion de regarder une communauté (la campagne des Flandres, son ambiance maussade, humide et relativement précaire) et d’en sonder les failles et les fêlures, sans jamais poser sur elle ne serait-ce qu’un seul moment un regard moralisateur, caricatural ou exagérément maniéré. De la belle œuvre, à la fois fascinante, dérangeante et captivante, qui prouve qu’avec peu on peut faire beaucoup. Tandis qu’une saison 2 est à l’étude, espérons que cela donne des idées à nos programmateurs chéris d’aller, avec la même volonté et la même ambition, sur le même terrain.

En VOD et/ou en DVD sur Boutique Arte. ainsi que sur Netflix.

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