Shawn Mullins – Flagrant délit de subjectivité

Le problème avec les disques qui ont marqué notre jeunesse, c’est que l’on sait très bien pourquoi on continue de les écouter. Tout comme l’on sait qu’il est difficile d’être objectif vis-à-vis d’eux. C’est comme ça. D’ailleurs, en général, on ne les écoute plus vraiment. On les connait par cœur. Quand je dis « par cœur», j’entends par là que, à l’instar de tout adolescent qui se respectait à l’époque – comprendre un jeune qui n’avait pas les moyens de lâcher la totalité de son argent de poche chez son disquaire – le peu d’albums que l’on possédait était écouté au moins douze fois par semaine. Voire même douze fois par jour lorsque l’on était en forme. De quoi connaître chaque petit détail notable, à la note près, de toutes les pistes qui habitaient le précieux objet d’un artiste dont on pensait, évidemment, que l’on était le seul à chérir.

(c) Columbia

Dans le cas de Shawn Mullins, cela fut presque vrai. Cela doit l’être encore. Si ce dernier possède aux États-Unis un relatif succès d’estime (dont une lointaine nomination aux Grammy sur lequel l’intéressé ne glose guère), son nom n’a pas retenu l’attention des critiques hexagonales. Peut-on les blâmer ? Non, évidemment. Lullaby a beau avoir eu son petit temps de passage en radio, l’autre manière qu’a indirectement obtenu Mullins pour se faire connaître fut l’utilisation de quelques chansons, mainstream la plupart d’entre elles, sur des séries diffusées sur WB (Dawson, Felicity, Everwood). Si Mullins n’est pas le seul à avoir écopé d’un succès éphémère, il a cependant échappé au titre si paralysant de « l’artiste d’un seul tube »; en comparaison, Joan Osborne a sombré dans les limbes de l’oubli après l’hallucinant triomphe de Relish. Parce que oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, au sein d’une discographie assez inégale, le Soul’s core de Shawn Mullins est un petit miracle de finesse, de poésie folk et d’émotion.

Avec un sens de la ballade et un timbre parfait, Mullins allie pop et soul avec réussite (Tannin Bed Song, Soul Child ou Shimmer) mais n’est jamais meilleur que lorsqu’il délaisse ses apparats de crooner pour embrasser la tradition des folksingers. Comme celle de se caler sur un bout de chaise, d’enfourcher sa guitare et de raconter des histoires qui se passent dans des coins reculés, que ce soient ceux dans lesquels surgissent des souvenirs (Patrick’s song) ou celles qui ont lieu dans une ferme du Mississippi, perdue derrière un champ de maïs (Ballad of Billy Jo McKay). Des chansons narrées plus que chantées et qui enferment en elles quelque chose de profondément lumineux…

*** Soul’s core (Columbia/Sony), disponible depuis le 15 septembre 1998.

En écoute ici.
Le site officiel de Shawn Mullins

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