Game of Thrones (8.03) – Brillant cauchemar

Il fallait bien cela. Il fallait bien un évènement d’une pareille envergure pour sortir de la torpeur qui habite ce site depuis quelques mois. Aparté : j’en profite pour dire aux personnes qui suivraient le blog que j’ai volontairement pris le large, non par faute de temps (encore que) mais par absence d’envie. On ne fait pas les choses sans passions, sous la contrainte et juste pour l’habitude, a fortiori quand l’exercice et la pratique d’un blog demeurent purement distractif. Ajoutez à cela le fait que l’on déniche des séries à peu près partout et que le souvenir de celles-ci a tendance a s’accélérer au vu de la quantité produite par an, vous comprendrez que le besoin de prendre du recul et d’attendre le bon moment pour reprendre la plume.

Il fallait bien cela donc. Et pour la première fois que j’aborde la série phénomène d’HBO (sur ce site)- je le fais à mi-chemin de sa conclusion. Série étonnamment fédératrice, en dépit de sa complexité tortueuse, de son utilisation aux scènes de sexe parfois ambiguë, de sa violence et de ses intrigues de boudoir, Game of Thrones a mis du temps pour s’affranchir du sérieux que l’on a trop souvent voulu lui prêter. Drame ambitieux, fantasy politique, soap familial, feuilleton cruel, phénomène populaire décortiqué et analysé de toutes parts, on a labellisé l’adaptation de George Martin de toutes les étiquettes possibles et inimaginables. En oubliant presque de mentionner GOT comme étant, avant tout, un divertissement luxueux. Critiquable et imparfait certes, mais généreux dans ce qu’elle pouvait offrir au public ; public qui, chose rare dans le monde des séries où l’usure et la lassitude ont tendance à prendre le pas, ne s’est jamais éloigné, ou désintéressé des nombreuses tribulations du Royaume des Sept Couronnes.

(c) Helen Sloane/HBO

Melissandre: What do we say to the God of Death ?
Arya: Not today.

Épisode au moins aussi attendu que ne l’était cette ultime saison, The Long Night secoue et agite le petit monde du web depuis sa diffusion. On y croise les émerveillés et les grincheux. Ceux qui louent l’incroyable ampleur de l’épisode et ceux qui, déçus, en attendaient certainement bien trop et qui râlent parce que l’on ne leur a pas servi ce qu’ils attendaient. Pour ma part, et suivant la série depuis ses débuts, je fais partie du premier groupe. Impressionné plus qu’émerveillé serait plus juste. Et comment ne pas l’être devant cette immersion, cette invasion, ce défouloir tonitruant de frayeur, de ténèbres et de brasier qui consume la chair et les os, et qui sature les éléments jusqu’à déborder de votre écran ?

Regarder The Long Night, c’est prendre la mesure de la démesure dont est capable le show depuis une poignée de saisons. Si Hardhome (5.08) ou Battle of the Bastards (6.09), tous deux réalisés par Miguel Sapochnik encore à pied d’oeuvre sur ce segment, étaient déjà des morceaux de bravoure et d’envergure, sorte de points d’orgue de la dramaturgie en cours, The Long Night est éprouvant. Harassant. Haletant. Insupportable à regarder et pourtant terriblement prenant. C’est Apocalyse Now en version courte. Je l’avoue, il m’a fallu le regarder en deux fois. Car c’est très long une heure vingt, surtout lorsqu’ il n’y a guère de plages de respiration. Des dialogues ? A peine, et de toutes façons, ils sont couverts par le bruit des combats et des cris. L’épisode alterne plusieurs angles de vue et parvient parfaitement à imprimer l’odeur de Mort sur pellicule. Pour un peu, les moments les plus terribles se situeraient presque en dehors du champ de bataille, et notamment dans la crypte de Winterfell où l’impuissance se conjugue à la terreur que l’on lit sur les regards. Oui, c’est très long une heure vingt, en se disant que tout espoir de victoire se réduit à peau de chagrin.

Alors oui, on pourra arguer que certains personnages sont en retrait (j’attends toujours de pied ferme LA grande scène à venir de Tyrion, même si celles qu’il partage dans cet épisode avec Sansa sont très belles) mais… l’éclairage? l’aspect sombre de certaines scènes? Franchement, c’est pinailler devant un incroyable tour de force artistique et technique aussi généreux. Oui, on pourra aussi avancer que, au regard de ce que l’on pouvait anticiper, il y a peu de personnages principaux qui passent l’arme à gauche. Mais…tant mieux, non ? Et puis quelle fin! Quel soulagement! Quelle bataille! Quel cauchemar! Car le pire (suivez mon regard vers Cersei) est à venir amis lecteurs et, honnêtement, rendons grâce aux scénaristes de ne pas nous avoir gardé cette bataille monumentale sous le coude jusqu’au series finale. Cela nous promet d’autres feux d’artifices à venir. D’autres moments de bravoure. Et des plus retors, soyons en avisés.

Le site officiel de Game of Thrones

Actuellement en cours de diffusion sur OCS.
Saisons 1 à 7 également disponible sur OCS, en DVD et en Bluray.