Game of Thrones (8.05) – Du sang et des cendres

La scène dure une minute. Peut-être moins. Peut-être un peu plus. Pendant un temps, on retient son souffle. Port-Réal capitule, Cersei réalise depuis son donjon qu’elle a tout perdu et, jonchée sur le dernier dragon qui lui reste, Daenerys reprend haleine. Durant l’espace de cette scène, de cette alternance de regards de hauteur à hauteur de reines, on se dit que… ça y est. Ça y est, la Dernière Guerre est finie. Achevée. Terminée. Les cloches de la reddition retentissent. Le massacre- ce massacre que Tyrion et Varys (au péril de sa vie) ont tant redouté de la part de la Khaleesi- a été évité. L’espace d’une seconde, je vous avouerai que je redoute tout de même un dernier petit coup d’arbalète des Fers-Nés tiré de nulle part. Car l’épisode ne peut se terminer de la sorte: nous sommes dans Game of Thrones, c’est-à-dire dans un contexte de fiction où l’Humanité peut difficilement se sauver d’elle-même.

Arrive alors ce moment que l’on appréhende. Que l’on appréhende non pas depuis le début de cette dernière saison mais depuis une bonne poignée de saisons maintenant ; pour peu que l’on ait suivi un tantinet la série sans en être un expert : Daenerys peut-elle se contenter de cette « simple » victoire ? Réfréner ses pulsions et suivre la voie d’un règne pacifique ? Un règne par le peuple et pour le peuple qu’elle souhaitait ardemment à ses débuts ? A ce stade de l’épisode, sans doute pense-t-elle à plein de choses. A son père. Aux trahisons multiples (Cersei, Varys, Jon, Tyrion). Aux morts (Jorah, Messandei, la liste est longue) qui ont jalonné sa route pour qu’elle en arrive là, à ce tournant, et à ce choix- irréversible dans les deux cas- qu’elle peut encore conférer à son image de monarque encore trouble et mal définie.

Soit…
Ce sera donc la peur.
Daenerys

Sa décision que de renier une forme de clémence, et de tout réduire à néant pour reconstruire sur une base débarrassée de toute tentative d’entrave à son Trône tant convoité, et si légitime pour elle, n’est même pas surprenante. The Bells, qui reçoit un accueil particulièrement divisé depuis ce dimanche, principalement en partie en raison de ce choix scénaristique, est pourtant TOUT sauf surprenant. Il est même d’une cohérence flagrante avec l’univers pessimiste du show, sa dynamique politique et son appétence pour le spectaculaire depuis que les scénaristes ont rattrapé le Grand Œuvre que George RR Martin ne finira probablement jamais. Si l’on pouvait légitimement prendre Dany en affection aux balbutiements de la série (en raison de sa jeunesse froissée par une union maritale forcée par son propre frère), affirmer que sa folie – appelons cela son revirement- survient précipitamment en seulement deux épisodes, c’est oublier que, depuis au moins la saison 4, le personnage n’est obsédé que par une seule chose: le Trône. Au point d’en devenir orgueilleux, impétueux, arrogant et donc fichtrement détestable.

La décision de Daenerys est loin d’être prise sur un coup de tête, et encore moins (comme j’ai pu le lire) un manque d’habileté de la part de scénaristes au sujet de l’écriture des personnages féminins. Pour le coup, c’est attenter un mauvais procès d’intention à David Benioff et DB Weiss qui, loin de faire pourtant preuve de finesse par le passé justement sur la question de la représentation des femmes dans la série, prennent le parti d’amener le personnage de Dany face à des contradictions qui l’habitent depuis de nombreuses saisons.

Histoire de rafraichir un peu la mémoire des lecteurs, je pose ci-dessous une scène parlante à plus d’un titre:

Des choses en vrac et en plus :

  • Jaime et Tyrion: Honnêtement ? J’ai pleuré. Voir ces deux frangins différents de taille et de raison s’embrasser une dernière fois, en sachant que chacun doit être là où il se doit d’être, c’était parfait. C’était cohérent. C’était émouvant.
  • Jaime et Cersei: Beaucoup de reproches pleuvent également sur le sort des deux amants incestueux. Certains voulaient voir Cersei mourir de sa belle mort (à croire que les spectateurs aiment la catharsis un peu glauque), tandis que d’autres critiquent l’évolution de Jaime vers une forme de rédemption totalement balayée par son retour à Port-Réal. Mais, à ce que je sache, Jaime a toujours été honnête envers qui se portait son engagement. Qu’il meurt seul, et dans les bras de Cersei, ce n’est pas un renoncement: le bonhomme a tout de même eu une sacré trajectoire pour quelqu’un d’aussi amoral et d’aussi détestable. Et qu’ils meurent de la sorte, id est littéralement écrasés par le poids de leur orgueil et d’un amour qui a consumé au sens propre à peu près tout leur entourage, je trouve que la symbolique est plutôt jolie.
  •  On passera volontiers sur le combat de Sandor Cleagane et de son frère, épique – quoiqu’un peu longuet- ainsi que sur celui entre Euron Greyjoy et Jaime; pour le coup Euron est véritablement un personnage détestable qui n’aura servi à rien et qui aura été utilisé comme simple accessoire narratif.
  • Le reste de l’épisode, encore une fois réalisé de manière incroyable par Miguel Sapochnik, est terrifiant. Peut-être plus terrifiant que le cauchemar ténébreux qui brûlait la pellicule de The Long Night (8.03). Le voir à hauteur de femmes et d’enfants, avec le point de vue d’Arya, increvable survivante, qui se fraye un chemin parmi les ruines, les cadavres et les mouvements de panique, est probablement une expérience de spectateur que l’on ne reverra pas de sitôt. Cette scène de fin évoque tellement de choses « réelles », à la fois passées et actuelles, en terme de conflits qu’il est proprement difficile de l’assimiler d’un bloc.
  • Quoiqu’on en pense, une page de l’Histoire de la télévision va se tourner le 19 mai prochain. HBO n’a même pas à transpirer à grosses gouttes et à redouter quoi que ce soit, elle en a connu d’autres; souvenez-vous des Soprano et de son series finale particulièrement controversé. Toutefois, au vu des réactions tièdes qu’occasionnent la réception des derniers épisodes et compte tenu du gigantisme médiatique harassant entourant la série depuis le lancement de cette ultime saison, au point de l’avoir desservie dans ses derniers mètres, il y a fort à parier que Game of Thrones subisse une volée de bois vert conséquente pour son baroud d’honneur. On surveillera ça, évidemment.

 

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